Golden Horse Awards : le cinéma chinois grand public absent

104

Surnommés les «Oscars» chinois, la cérémonie des Golden Horse Awards, se tiendra samedi à Taïwan mais cette 3ème édition sera marquée par l’absence de films grand public de Chine continentale pour éviter des problèmes à leurs auteurs et acteurs. Malgré l’absence de récompenses décernées aux réalisateurs et acteurs du continent, le monde du cinéma s’accorde à dire que ces Golden Horse demeurent, dans le «contexte politique actuel», un important rempart contre la censure de Pékin. A l’origine de cette absence: le discours prononcé en 2018 par un réalisateur taïwanais en faveur de l’indépendance de l’île, qui avait provoqué la fureur de Pékin et un appel officiel au boycott du festival. Pékin considère Taïwan comme une province rebelle devant réintégrer son giron, et a averti qu’une déclaration d’indépendance serait pour lui un casus belli. Aucun film de Chine continentale n’avait été représenté en 2019 à la demande du conseil national du cinéma chinois, qui avait ordonné aux réalisateurs et acteurs de boycotter la cérémonie. Cette année-là, plusieurs films hongkongais avaient aussi abandonné la compétition tout comme des sponsors internationaux, sous la pression de Pékin. Cette dernière a été moins forte les deux années suivantes mais le cinéma grand public chinois et certains annonceurs préfèrent continuer à faire preuve de prudence. Pour Jun Li, le réalisateur hongkongais dont le drame social «Drifting» figure parmi les favoris, il est «évident» que les relations tendues entre la Pékin et Taipei ont eu des conséquences sur cette cérémonie. Le film du réalisateur a été nommé 12 fois, notamment dans les catégories «meilleur film» et «meilleur réalisateur». Il y aborde les inégalités criantes de Hong Kong à travers des SDF poursuivant en justice les autorités. Selon les organisateurs, plus de 200 films – en majorité indépendants – hongkongais et chinois ont soumis leur candidature cette année, mais seuls 2 films de Chine continentale ont été retenus. Les grandes productions du cinéma continental ont préféré se tenir à l’écart de cet événement, par crainte des conséquences. «Pour les méga-productions chinoises, se présenter aux Golden Horse Awards peut être une source d’ennuis», reconnaît Wonder Weng, de la Société taïwanaise des critiques de cinéma. «La cérémonie des Coqs d’or (les Oscars chinois) a lieu le même jour que celle du Golden Horse, ce qui semble témoigner d’une rivalité», soula-t-il ajouté. Cela n’empêche pas les Golden Horse de continuer de nommer des films qui, en Chine, seraient censurés. Deux long-métrages hongkongais sur les immenses manifestations pro-démocratie en 2019 figurent parmi eux notamment. La loi sur la sécurité nationale imposée au territoire semi-autonome par Pékin en juin 2020, en réponse au mouvement pro-démocratie, vise à criminaliser tout ce qui peut être considéré comme «sécession, subversion, terrorisme et collusion avec des forces étrangères».En octobre, les autorités de la ville ont renforcé la censure cinématographique via une loi qui permet aux autorités d’interdire des films antérieurs menaçant la «sécurité nationale». Récemment, elles ont empêché la  projection d’un court-métrage taïwanais, le réalisateur ayant refusé de couper les scènes évoquant l’élection présidentielle 2020 de l’île autonome démocratique. Pour M. Weng, les Golden Horse continuent de «faire référence» pour le cinéma en langue chinoise car tous les sujets peuvent être évoqués. «Je pense qu’une récompense offre un débouché surtout pour les films hongkongais qui ne peuvent pas être distribués dans la ville», estime le réalisateur hongkongais Kiwi Chow, aussi en lice cette année. Son film, «Revolution of Our Times», dont le nom est tiré d’un slogan de protestation pro-démocratie, est en lice pour le prix du meilleur documentaire et n’a jamais été diffusé à Hong Kong.