H. de FONTAINES (Groupe M6) : « M6+ représente un upgrade assez radical par rapport à 6play »

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Le Groupe M6 poursuit son ambition dans le streaming et prépare le lancement courant mai de sa plateforme M6+ dans tous les environnements. Soutenu par un plan d’investissement ambitieux et par le savoir-faire de son partenaire européen Bedrock, filiale technologique de RTL Group et du Groupe M6, l’objectif est de doubler la consommation de programmes en ligne et d’en tripler les revenus issus du streaming d’ici 2028. Entretien avec Henri de FONTAINES, Membre du directoire du Groupe M6 en charge de la stratégie, du streaming et de la distribution.

M6+ remplace 6play dès son lancement mi-mai. Depuis quand travaillez-vous dessus ?

Depuis le début de l’année 2023, notre équipe se consacre au développement de M6+. Cette initiative fait suite au refus de notre projet de fusion avec TF1, qui envisageait de combiner myTF1, 6play et Salto en une seule plateforme hybride. Nous avons donc repensé notre stratégie en nous concentrant sur le renforcement et la transformation de notre plateforme AVOD. Nous avons exploré diverses manières d’accélérer et d’élargir nos services, tout en évaluant les investissements nécessaires et les ambitions à atteindre. Cette réflexion a inclus une analyse approfondie des tendances du marché, des attentes des consommateurs et des besoins des annonceurs pour mieux cadrer notre projet. Ces efforts nous mènent donc au lancement de M6+ à la mi-mai, juste avant l’Euro de football.

Upgrader 6play, ça ne suffisait pas ?

 M6+ représente un upgrade assez radical par rapport à 6play, bien qu’il ne s’agisse ni d’une rupture ni d’un changement de politique. Nous ne prétendons pas réinventer le concept du streaming ou de l’AVOD avec M6+, mais nous apportons des améliorations significatives dans cinq domaines clés. Premièrement, nous élevons nos ambitions en matière de contenu, en développant des programmes originaux et en adaptant nos programmes existants pour qu’ils soient plus adaptés à M6+. Deuxièmement, nous avons opté pour un changement de marque pour mieux refléter cette nouvelle ère et nos aspirations. Ce rebranding vise non seulement à marquer une différence par rapport à 6play, mais aussi à préciser le positionnement de M6+ dans l’écosystème du streaming. Troisièmement, M6+ bénéficie d’une amélioration technologique, avec l’introduction de nouvelles fonctionnalités conçues pour enrichir l’expérience utilisateur. Quatrièmement, il y a eu une réorganisation interne au sein du Groupe M6 qui va au-delà de M6+. La direction de la communication par exemple a été étendue pour inclure des fonctions marketing et data plus sophistiquées. Enfin, la cinquième innovation majeure est notre expansion vers la télévision connectée, s’ouvrant à un nouveau canal de distribution et offrant ainsi une accessibilité accrue à nos contenus.

Comment le nouveau moteur de recherche basé sur l’IA et le player interactif vont-ils améliorer l’expérience utilisateur ?

L’objectif de notre service est de permettre aux utilisateurs d’être véritablement acteurs de leur expérience afin d’augmenter leur taux de fidélisation et de satisfaction. La priorité donnée à un moteur de recherche basé sur l’IA découle directement de la croissance exponentielle du volume de contenus disponibles. Étant donné que déjà 25% de nos utilisateurs utilisent le moteur de recherche, il était crucial de le perfectionner pour améliorer la découvrabilité des contenus. Dans un contexte où la visibilité des programmes devient un véritable défi, notre avantage réside dans le fait que la une grande partie de nos contenus sont également diffusés à la télévision. L’introduction d’un player interactif enrichi de data visualisation, applicable à différents genres de programmes, du sport aux grands Prime Time, vise à stimuler davantage l’engagement des utilisateurs.

Quels sont les principaux leviers de monétisation pour tripler les revenus issus du streaming d’ici 2028 ?

Cette démarche s’inscrit au cœur de notre stratégie de distribution, visant principalement à affiner le ciblage publicitaire pour nos clients-annonceurs. En leur apportant un public ciblé plus important, nous sommes en mesure de justifier des tarifs publicitaires plus élevés, reflétant le retour sur investissement. Pour répondre au besoin d’accéder aux données des utilisateurs et de disposer des technologies appropriées, nous collaborons étroitement avec les distributeurs, qui jouent le rôle d’intermédiaires. Nous avons engagé des discussions avec les quatre principaux fournisseurs d’accès à internet (FAI) afin de les inciter à développer des outils nous donnant l’accès aux données nécessaires. Un accord a été conclu concernant les types de données concernées, leur propriété, etc. Cette entente avec les FAI est basée sur la reconnaissance mutuelle que le marché des contenus digitaux représente une opportunité importante, encore peu exploitée par les acteurs de la TV.

Quelle réflexion portez-vous sur l’évolution de vos relations aux distributeurs ?  

Dans la construction de nos relations historiques avec les distributeurs, nous avions accepté qu’ils récoltent et exploitent nos données tandis que nous nous concentrions uniquement sur la fourniture de contenu. A l’époque, ces données n’avaient pas l’importance qu’elles ont aujourd’hui.

Comment M6+ s’intègre-t-il dans la stratégie globale du Groupe M6 pour créer une synergie entre la télévision linéaire et le streaming ?

L’évolution est de placer M6+ non plus comme un complément à la TV mais comme une plateforme intégrée. Depuis quelques mois, notre direction des programmes est unique et transversale, linéaire et non linéaire. Elle réfléchit à une stratégie spécifique sur chaque contenu : avant-première ou pas sur M6+ ? Accès intégral à la saison ou pas ? … Ce n’est plus du replay automatique. Il y a une réflexion stratégique sur la maximisation de l’exposition des droits en fonction de leurs caractéristiques, de leur monétisation possible. Nous sommes un groupe qui ambitionne de marcher sur deux jambes : linéaire et non linéaire.