Iran: le guide suprême iranien et le président abandonnent Telegram, interdit pour le gouvernement

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Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a annoncé mercredi qu’il cessait de communiquer avec son compte Telegram, pour utiliser désormais des services de messagerie iraniens afin de «préserver l’intérêt national». Le président Hassan Rohani a annoncé lui aussi qu’il renonçait à recourir à Telegram et la présidence a publié une directive interdisant à toutes les branches du gouvernement et toutes les administrations l’usage des applications de messagerie étrangères pour leur communication extérieure, selon l’agence officielle Irna. 
Ces annonces surviennent sur fond de rumeurs d’un blocage imminent de tous les services de messagerie étrangers, au premier rang desquels Telegram, réseau qui revendique 40 millions d’utilisateurs en Iran, soit près d’un habitant sur deux, et qui est utilisé au quotidien tant par des entreprises que des particuliers, des médias et des responsables politiques. «En vue de préserver l’intérêt national et afin de casser le monopole de la messagerie Telegram, le site internet pour la conservation et la publication des oeuvres du grand ayatollah Khamenei cesse ses activités sur cette messagerie à partir de maintenant», indique un dernier message publié sur le canal Telegram KHAMENEI.IR. «Dorénavant, la diffusion de l’inform sur les programmes de l’honorable président d’en la République islamique d’Iran continue par le biais d’applications de messageries de notre pays», indique le compte de M. Rohani. Les services du guide et du président  renvoient vers d’autres comptes sur des réseaux comme Soroush ou Gap, que les autorités cherchent à promouvoir. «Cette mesure […] a pour but de soutenir les services de messageries nationaux», ajoute l’ultime message du guide sur Telegram. Irna rapporte que le premier vice-président, Eshagh Jahangiri, et le porte-parole des Affaires étrangères, Bahram Ghassemi, ont emboîté le pas au guide en fermant leur compte Telegram mercredi. Dimanche, le ministère de l’Education iranien a interdit aux écoles et à ses services l’usage des réseaux sociaux étrangers pour communiquer, les obligeant à «utiliser les réseaux sociaux intérieurs». Lors de la vague de protestations qui a touché plusieurs dizaines de villes iraniennes autour du 1er janvier, les autorités avaient temporairement interdit Telegram, accusé d’avoir laissé des groupes «contre-révolutionnaires» basés à l’étranger utiliser sa plateforme pour alimenter les troubles. Plusieurs plateformes iraniennes offrant les mêmes services que Telegram se sont développées ces derniers mois. 
Soroush revendique ainsi 5 millions d’abonnés et Gap plus de 1,3 million. Les autorités affirment que ces réseaux offrent les mêmes garanties de confidentialité que les réseaux étrangers. Moins utilisés, Facebook et Twitter sont bloqués en Iran mais facilement accessibles à l’aide d’un réseau privé virtuel (VPN). Les services de M. Khamenei qui communiquent via cinq comptes sur Twitter (en persan, anglais, arabe, espagnol et français) n’ont pas annoncé mercredi qu’ils avaient l’intention d’y renoncer. L’agence Isna a cité mardi un député conservateur, Abolfazl Aboutorabi, affirmant que «tous les services de messagerie étrangers, et en premier lieu Telegram» pourraient être «bloqués» en Iran dès le 21 avril, premier jour dumois iranien d’ «ordibehesht».