L. MARTIN GOUSSET (Point du Jour) : «Les codes du documentaire évoluent en intégrant ceux de la scénarisation»

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Vous avez coproduit la série événement «L’affaire Outreau» diffusée les 17 et 24 janvier sur France 2 en Prime Time. Quelle est l’origine du projet ?

Luc MARTIN-GOUSSET

Il y a bientôt 20 ans, j’ai rencontré Georges Huercano-Hidalgo, un journaliste-réalisateur belge qui a été le premier en 2002 à émettre des doutes sur l’enquête du juge Burgaud. Suite à cette rencontre, nous avons produit, quelques mois plus tard, deux films pour le service public : «Les fantômes d’Outreau» (2004) pour France 5 et «Le destin brisé des Legrand» (2005) pour France 2. Quelques années plus tard, nous nous étions promis de revenir sur cette affaire Outreau avec le recul du temps. Avec la montée en charge des documentaires en Prime Time, puis avec Netflix, les codes du documentaire ont évolué en intégrant ceux de la scénarisation et de la construction en série. Nous avons pensé que cela ouvrait la possibilité de reprendre ce projet, d’autant que le regard porté sur les affaires d’inceste a évolué avec le nouveau contexte social créé après #MeToo, La familia grande, les commissions Sauvé et CIIVISE… Nous l’avons alors soumis à France Télévisions.

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Comment avez-vous monté la série Outreau ?

Luc MARTIN-GOUSSET

Il a fallu réunir le talent d’un réalisateur venu de la fiction, Olivier Ayache-Vidal, et d’une réalisatrice venue du documentaire, Agnès Pizzini, et notre volonté commune de nous affranchir des codes du docu-fiction pour réussir ce récit. Avec des juristes, le dossier d’instruction a été décortiqué. Au fil de ce travail, il nous est apparu que si nous voulions raconter cette histoire, il fallait raconter comment l’instruction a créé une fiction. Sur la base des procès-verbaux, nous pouvions reconstituer les interrogatoires et ainsi montrer cette mécanique folle que rien ni personne n’a su ou pu arrêter. A côté de cela, il a fallu le concours de notre coproducteur belge Joseph Rouschop (Tarantula), avec qui nous avons fait dans le passé plusieurs docu-fictions pour ARTE. Il a assuré la production exécutive de la fiction dans les studios Lites (de 1.000m2) à Vilvoorde. On a au total disposé de 2,6 M€ de budget.

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Imposer de la fiction dans un doc’, c’était une évidence ?

Luc MARTIN-GOUSSET

Nous ne voulions pas produire un docu-fiction traditionnel, car c’est une forme qui vieillit vite. Donc assez naturellement, on s’est dit que les personnages réels devaient intervenir dans la fiction et se réapproprier ce qu’ils ont vécu. Dans cette forme hybride, on revient en 4 épisodes sur cet incroyable fiasco judiciaire.

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Les documentaires fictionnés en Prime ne sont pas monnaie courante…

Luc MARTIN-GOUSSET

ARTE le fait assez souvent. France Télévisions plus ponctuellement. Cela fait partie de toute la réflexion engagée par les producteurs et les diffuseurs d’amener des récits documentaires en Prime Time pour le grand public. Quand vous réalisez un film en 2ème ou 3ème partie de soirée, la notion du public n’est pas la même, les contraintes d’audience non plus.

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Quels sont les piliers de votre société ?

Luc MARTIN-GOUSSET

Nous sommes spécialisés dans la production de documentaires. Nous produisons actuellement «L’œil et la main» (France 5) une collection de documentaires de société bilingue (français et langue des signes) qui est un espace de rencontre entre sourds et entendants, dans lequel s’échangent regards et points de vue sur le monde. Jusque dans les années 2013-2014, nous faisions aussi beaucoup de séries documentaires incarnées de 26’. Toutes ces séries ont disparu le jour où le CNC a arrêté de co-financer les écritures dites «incarnées». On s’est donc recentré sur le documentaire international et de Prime Time : «Histoires d’une nation» en 2018, puis, toujours sous ce «label» en 2022, «Histoires de l’école» pour France 2, ou encore «De Gaulle bâtisseur» (2020) pour France 3. Nous avons aussi fait une incursion vers la fiction avec Quad TV avec qui nous avons coproduit la série «Victor Hugo, Ennemi d’État» (2018).

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Comment évolue le métier de producteur de documentaires ?

Luc MARTIN-GOUSSET

La grande révolution, c’est de passer plus de temps à écrire les films avec un enjeu de storytelling. Avant, on écrivait des dispositifs portés par des intentions d’auteurs fortes avec un scénario en kit. A ce jour, on nous demande de déposer de véritables scénarios avec une contrainte narrative héritée de la fiction.

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Quels sont vos projets ?

Luc MARTIN-GOUSSET

Nous développons pour France Télévisions une collection documentaire de 52’ sur l’état d’urgence de 2005 après la mort de deux adolescents à Clichy-sous-Bois qui avait embrasé les banlieues françaises.

LES DIRIGEANTS

L.MARTIN-GOUSSET

Président

COORDONNEES

23 rue de Cronstadt 75015 Paris

DATE DE CREATION

1988

PRODUCTIONS

«L’affaire Outreau» (F2) ; «Histoires d’une nation» (F2); …