La délégation aux droits des femmes du Sénat a entendu jeudi deux journalistes ayant enquêté sur le milieu «terrifiant» de l’industrie de la pornographie

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Protéger les actrices et encadrer les productions: la délégation aux droits des femmes du Sénat a entendu jeudi deux journalistes ayant enquêté sur le milieu «terrifiant» de l’industrie de la pornographie, en émettant le souhait de mieux la réguler. 

Robin D’Angelo, auteur du livre «Judy, Lola, Sofia et moi», a raconté son infiltration sur des tournages, présentée par la présidente (UDI) de la délégation Annick Billon comme «glaçante et terrifiante», car elle révèle les «conditions sordides de fabrication du porno dit amateur». 

«Les diffuseurs font tout pour ne pas être responsables alors qu’ils savent que c’est tourné dans des conditions déplorables», a affirmé le journaliste. La délégation sénatoriale a soulevé la question de la protection des acteurs. 

«Ce sont essentiellement des femmes très précaires, en grande difficulté économique et sociale qui sont abusées», a indiqué la journaliste Marie Maurisse. 

Les impératifs financiers auxquels les actrices font face les entraînent dans un «cercle vicieux» d’une économie «informelle et marginale», selon les deux témoins. «Les actrices ne sont pas toutes égales devant la question du consentement», a indiqué Robin D’Angelo, faisant part d’une «monétisation de la contrainte du désir». Autre solution évoquée par Marie Maurisse, l’émergence d’un porno dit éthique ou féministe, bien que présenté comme «extrêmement de niche». «Les manières de travailler sont complètement différentes, les actrices sont plus libres», a affirmé la journaliste. 

A la suite des révélations sur les violences dans le secteur, des plateformes françaises comme «Dorcel» ou «Jacquie et Michel» ont annoncé en 2020 la création de chartes déontologiques et éthiques. 

«L’opacité du secteur contribue à une espèce d’économie de marché noir, dans laquelle les chartes semblent peu ou pas opérantes», a fait remarquer la sénatrice Annick Billon. Dans le cadre de l’enquête ouverte en 2020 visant la plateforme «French Bukkake», qui diffuse des contenus porno dits amateurs, douze personnes, dont deux producteurs, sont poursuivies, notamment pour «proxénétisme», «viol en réunion» et «traite d’êtres humains aggravée». 

Une cinquantaine de victimes auraient été identifiées. «Le site «French Bukkake» a pu exister dans une indifférence totale, l’arsenal de lois permettait déjà de sanctionner ce type de pratiques», a regretté Robin D’Angelo.