Le 7ème art espagnol éblouit la scène internationale

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Un Ours d’or à la Berlinale pour la réalisatrice catalane Clara Simón, quatre Espagnols nommés cette année aux Oscars, dont le couple Penélope Cruz-Javier Bardem: le 7ème art espagnol éblouit la scène internationale, qui lui déroule le tapis rouge. «Que la nomination de Penelope soit pour un rôle en espagnol, c’est extraordinaire, historique pour la marque Espagne»: à l’annonce des nominations pour la cérémonie des Oscars, qui aura lieu le 27 mars, Javier Bardem n’avait pas assez de mots pour s’enthousiasmer.Contrairement à certains pays ayant un ADN cinématographique très marqué, l’Espagne a eu jusqu’à présent du mal à se faire une place sur la scène internationale. Luis Buñuel est ainsi le seul Espagnol à avoir décroché la Palme d’or au festival de Cannes, en 1961 pour Viridiana. Mais depuis, le cinéma espagnol a entrepris de refaire son retard, raflant régulièrement le gros lot, à l’instar de Carla Simón à Berlin avec son film «Alcarràs». Côté Oscars, l’actrice a déjà décroché une statuette en 2009, mais pour un film américain («Vicky Cristina Barcelona», de Woody Allen). Si elle l’obtenait pour son rôle de Janis dans «Mères Parallèles», de Pedro Almodóvar, ce serait la consécration d’un film 100% «Made in Spain», d’autant que la musique du film a valu une 4ème nomination au compositeur basque Alberto Iglesias. Ce dernier, qui a travaillé avec Almodóvar sur 13 films depuis plus de 20 ans, confirme que le 7ème art espagnol connaît «un élan très fort qui n’est pas le fait de coïncidences, mais d’une fougue» nouvelle, résultat «d’une éducation, du travail des écoles de cinéma». «Peut-être avons nous commencé avec un peu de retard, une industrie plus petite, moins de cinéastes», poursuit-il. «Le cinéma espagnol a eu beaucoup de mal à franchir les portes des festivals internationaux», renchérit Pilar Martinez-Vasseur, directrice du Festival du Cinéma Espagnol de Nantes. Les films qui sortaient à l’étranger n’étaient souvent pas identifiés comme espagnols, explique-t-elle: qui sait, par exemple, que «Les autres», avec Nicole Kidman, a été réalisé par Alejandro Amenábar? «En Espagne, on a encore l’idée que le cinéma espagnol est mauvais, que c’est un nid de communistes, que les réalisateurs sont des pistonnés qui ne font rien et touchent des subventions», déplore-t-elle, plaidant pour plus de «diplomatie culturelle» à travers un soutien plus important du gouvernement espagnol. Le 7ème art est pourtant beaucoup moins financé de ce côté-ci des Pyrénées qu’en France, relèvent de nombreux spécialistes du secteur. L’industrie «a appris à se faire sa place dans un écosystème mondialisé», déclare Beatriz Navas, DG de l’Institut de la Cinématographie et des Arts Audiovisuels, qui dépend du ministère de la Culture. Outre Penélope Cruz, Javier Bardem et Alberto Iglesias, le court métrage d’Alberto Mielgo, «The Windshield Wiper» a été également retenu pour les Oscars. «Le cinéma espagnol vit son meilleur moment», se félicite José Luis Rebordinos, le directeur du prestigieux festival de cinéma de San Sébastien. «Il se fait beaucoup de cinéma, de production audiovisuelle en ce moment en Espagne, avec les plateformes qui fournissent beaucoup de travail et permettent aux techniciens espagnols d’être meilleurs», explique-t-il. L’Espagne, dont les paysages de western ont attiré Hollywood dès les années 1960, est de plus en plus prisée par les plateformes de production de séries: Netflix, qui a inauguré en 2019 ses 1ers studios européens à Madrid, a diffusé des séries espagnoles à succès comme la «Casa de Papel» ou «Elite». Depuis un an, le gouvernement de gauche a affiché sa volonté de «faire de l’Espagne le hub audiovisuel de l’Europe» et d’augmenter de 30% la production sur son territoire d’ici à 2025 en injectant 1,6 milliard d’euros.