«Redonner vie au petit garçon qu’on a tué» : le journaliste de France Inter Frédéric Pommier dévoile dans un livre les viols qu’il a subis, enfant, de quatre hommes différents, et les traumatismes qui ont suivi avant de «sortir de la nuit» par la parole et l’écriture, a-t-il expliqué jeudi à l’antenne de sa radio.
«Ce livre, c’est pour rendre justice au petit garçon que j’étais. Et au petit garçon qu’on a bousillé. À quatre ans, à cinq ans, à six ans, à sept ans», a confié l’auteur, lors d’un entretien entrecoupé de silences émus, durant la matinale de France Inter.
«Pendant longtemps, il n’y a pas eu un seul jour où je n’ai pas été hanté plusieurs fois dans la journée par certaines images. On a beau faire tout pour être heureux. On a beau faire tout pour rendre les gens heureux aussi (…) il y a toujours quelque chose qui nous y ramène parce que le corps, il n’oublie pas», a-t-il ajouté, la voix remplie de sanglots.
Dans «Derrière les arbres» (Flammarion), sorti mercredi, Frédéric Pommier, journaliste et chroniqueur à France Inter, raconte les viols, subis lors d’épisodes distincts, depuis ses yeux d’enfant. Puis leur déflagration dans sa vie, de l’amnésie à la remontée du traumatisme.
Parmi ceux qu’il accuse, figure un homme politique, qui a été maire et député en Normandie, et qu’il ne nomme pas : «ce n’est pas mon sujet». En dépit de la prescription, Frédéric Pommier a porté plainte contre cet ex-élu et une confrontation a été organisée par les enquêteurs début 2026, durant laquelle celui qu’il appelle «le maire» a vigoureusement nié les faits.
«Cette confrontation était un moment d’émotion forte et puis en même temps un massacre. Parce que pendant plus de trois heures, j’ai entendu l’un des hommes qui a bousillé mon enfance et une partie de ma vie dire «non ça n’est pas vrai», a-t-il relaté à l’antenne de France Inter. Mais le journaliste «a pu dire sa colère à cet homme», a-t-il ajouté.
«En écrivant, je pensais à ceux qui ont parlé, je pensais à ceux qui n’ont pas parlé, je pensais à ceux qui se souviennent, je pensais à ceux qui ont oublié, je pensais à ceux qui ne sont plus là», a confié Frédéric Pommier, jugeant important de penser à «ceux qui n’en sont pas revenus».
Selon la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), quelque 160.000 mineurs sont victimes de violences sexuelles chaque année en France.



































