Le Mans et ses tournages de films d’époque

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Filmée en partie dans la vieille ville du Mans, la comédie «Les Chèvres», qui sortait mercredi, rejoint une longue liste de films d’époque qui y ont été tournés, la préfecture de la Sarthe offrant un décor proche de Paris préservé du monde moderne. «Je devais simuler une rue parisienne du XVIIe et Le Mans cadrait exactement avec l’architecture», remarque Fred Cavayé, réalisateur des «Chèvres», avec Dany Boon dans le rôle d’un avocat devant défendre l’animal. «Le Mans doit être l’un des endroits de France où les bâtiments de cette époque sont les mieux conservés», relève le réalisateur, soulignant qu’ailleurs «il n’y a pas beaucoup de décors permettant de reconstituer le Paris d’avant Haussmann». Car la particularité du Mans est d’avoir placé, dès 1966, en secteur sauvegardé la cité Plantagenêt – où un roi d’Angleterre (Henry II) est né – et d’avoir lancé en 1974 un plan de mise en valeur. Ainsi, sur les hauteurs de la rivière Sarthe, cette cité médiévale «offre plus de 20 hectares de quartiers anciens en secteur sauvegardé avec une homogénéité très forte, où il n’y a pas de fil électrique, donnant l’impression que le temps s’est figé», explique Isabelle Léone-Robin, historienne d’art et chargée de promotion à l’office de tourisme. Si plusieurs longs métrages y ont été tournés avant les années 1980-1990, c’est Cyrano de Bergerac en 1990, où l’on voit Gérard Depardieu clamer la célèbre tirade du nez devant le parvis de la cathédrale Saint-Julien, «qui va créer un effet de coup de projecteur» et «servir d’accélérateur», d’après Mme Léone-Robin. S’ensuit une longue liste de films qui vont profiter du Vieux Mans avec ses rues pavées, ses façades à pans de bois et ses hôtels particuliers: «Le Bossu», «Dames galantes», «L’homme au masque de fer» avec Leonardo Di Caprio, «Jean De la Fontaine», «Molière» ou encore plusieurs épisodes de la série télévisée «Nicolas Le Floch». Plusieurs habitants de la vieille ville ont des «souvenirs émerveillés» de ces tournages, ayant parfois fait office de figurant, comme l’explique Stéphane Bellessort, dont l’hôtel particulier est souvent filmé. «Forcément, on est heureux de découvrir l’envers d’un tournage», dit-il, avant de montrer fièrement le cache destiné à camoufler son interphone, souvenir du tournage de Cyrano. Selon Pauline Le Floch, chargée de développement au Bureau d’accueil des tournages (BAT) à la région Pays de la Loire, «Le Mans est souvent en concurrence avec Senlis et Tours», autres villes offrant un patrimoine remarquable non loin de Paris, épicentre du cinéma français. Mais «ce qui différencie Le Mans est le nombre d’hectares de rues en connexion et qui sont complètement préservées en terme d’enseignes modernes. Et pour un tournage, tout ce qu’il y a de mobilier moderne, comme bancs ou barrières, est facilement démontable», explique-t-elle. Preuve de l’importance du 7e art dans la capitale sarthoise, une cité du film a été créée en 2020, des parcours touristiques sur les lieux de tournage sont proposés et la ville consacre annuellement un budget de 123.000 euros au secteur du cinéma, selon Sophie Moisy, maire-adjointe déléguée au patrimoine. «On a cette ambition de faire du Mans une ville où on peut visiter bien sûr les 24H mais aussi la cité Plantagenêt, pas que pour son aspect historique, mais aussi pour les films qui y sont tournés», argue Mme Moisy. Et la liste des tournages devrait encore s’allonger car, «les films d’époque reviennent» en haut de l’affiche, à l’image du récent «Trois mousquetaires», après une dizaine d’années où «on n’en voyait plus, car ils coûtent cher et la mode était plutôt aux films policiers ou sociaux», note Mme Le Floch. Autre effet d’aubaine possible pour le Mans, avec les Jeux olympiques à Paris, les tournages vont être difficiles dans la capitale. «On a des discussions avec beaucoup de sociétés de production», assure-t-elle.