Luana Bajrami explore l’émancipation et l’identité dans «Notre Monde», son nouveau film sur le Kosovo 

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Remarquée en 2020 dans le «Portrait de la jeune fille en feu», l’actrice Luana Bajrami signe à seulement 23 ans son deuxième long-métrage, «Notre Monde», en salles mercredi, un récit d’émancipation ancré dans son pays d’origine, le Kosovo. En 2007, les armes se sont tues depuis plusieurs années dans ce territoire des Balkans, à majorité albanaise, pris dans les guerres d’ex-Yougoslavie, et qui attend avec impatience de proclamer son indépendance de la Serbie. Dans cet entre-deux, tous les espoirs sont permis mais rien ne bouge encore. Pour fuir un avenir bouché dans leur village natal, Zoé et Volta, deux jeunes adolescentes, larguent les amarres pour Pristina, la capitale, et ses mirages, où la jeunesse bouillonne. Mais à l’arrivée, derrière la façade d’un pays qui change, rien ne se passera comme prévu. «Notre Monde» montre une jeunesse rarement filmée, dont le rêve d’Occident et de liberté commence déjà à se faner, rattrapé par les difficultés de la réalité. «Je voulais explorer cette période méconnue, montrer une double quête: celle de deux cousines, au sein de la quête de tout un peuple pour son indépendance», explique Luana Bajrami. Elle-même a quitté le Kosovo pour la France avec ses parents à l’âge de sept ans, peu avant la proclamation d’indépendance. «J’étais toute petite et, du coup, c’est un souvenir qui s’est créé après», a posteriori, poursuit-elle. 

«Double culture» : «La période était marquée par beaucoup d’attente, d’impuissance et de colère. La fin de la guerre est très fraîche et il y a de la frustration», analyse-t-elle. «C’était assez frappant de se rendre compte que ce que j’avais écrit faisait écho à la vérité des comédiens», de jeunes Kosovars eux-mêmes, souligne-t-elle. Selon elle, «même si le film se passe en 2007, cette attente demeurait la même, au moment du tournage. C’est devenu l’attente de la libéralisation des visas». Puis, une fois celle-ci acquise, celle de l’intégration européenne. «Visuellement, le pays a beaucoup changé mais, foncièrement, dans son essence, il n’a pas bougé.» Arrivée en France, Luana Bajrami a commencé à fréquenter les plateaux à dix ans et a décroché une nomination comme meilleur espoir féminin aux César en 2019, avec un rôle de servante des personnages principaux, incarnés par Noémie Merlant et Adèle Haenel, dans «Portrait de la jeune fille en feu» réalisé par Céline Sciamma. Elle a depuis joué chez Audrey Diwan («L’évènement», Lion d’Or à Venise), Michel Hazanavicius («Coupez !») et Eric Toledano et Olivier Nakache («Une année difficile») – ces deux cinéastes étant désormais ses producteurs. Parallèlement à cette carrière d’actrice, qu’elle entend poursuivre, elle a entrepris de raconter son pays d’origine dans ses propres longs-métrages. «J’ai gardé un lien très fort avec le Kosovo. C’est une partie de moi, de ma double culture», souligne-t-elle. Le premier de ces films, «La colline où rugissent les lionnes», a été présenté à Cannes, dans une sélection parallèle. Pour le deuxième, «Notre Monde», elle a été invitée à la Mostra de Venise. Un troisième est en préparation.