M. VANDEWEYER (Cartoon Movie): «La France est le plus gros producteur d’animation en Europe»

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Près de 900 producteurs, distributeurs, agents de vente, investisseurs, sociétés de jeux vidéos, éditeurs de livres, et «new media players» se retrouveront du 5 au 7 mars dans le cadre du 21ème Cartoon Movie, le forum de coproduction du long métrage d’animation, à Bordeaux. Pour nous livrer les enjeux et les attentes d’un tel rassemblement professionnel, média+ s’est entretenu avec Marc VANDEWEYER, Directeur général de Cartoon Movie.

MEDIA +

Dans le cadre du 21ème Cartoon Movie, les producteurs présentent leur projet d’animation à un public d’environ 900 professionnels. Quels en sont les enjeux ?

MARC VANDEWEYER 

Nous souhaitons établir des coopérations et des coproductions, permettant le financement d’une vingtaine de longs métrages d’animation par an en Europe. Le long métrage européen prend véritablement sa place au sein du marché international, ce qui n’est pourtant pas facile. Nous devons faire face en effet à des géants de l’animation comme Disney, Pixar ou DreamWorks, qui disposent d’énormément de moyens, notamment marketing. La difficulté est donc de faire savoir au grand public que les longs métrages d’animation européens sont de qualité, aussi bons que ceux des Américains.

MEDIA +

Paradoxalement, les studios américains font très souvent appel à des sociétés européennes pour la création de leur animation …

MARC VANDEWEYER

C’est exact ! La créativité est beaucoup plus forte en Europe à la fois sur les séries d’animation et les longs métrages. Les producteurs, réalisateurs et créateurs européens sont beaucoup moins formatés qu’aux États-Unis. Cette créativité s’exprime à travers des graphismes variés mais aussi dans des sujets ayant un sens éthique ou moral. Ce n’est pas juste de l’Entertainment comme le disent les Américains. Pour autant, les jeunes talents européens qui finissent leur école d’animation rêvent de se faire recruter par des studios outre-Atlantique. Même s’ils travaillent à Hollywood, ils resteront des exécutants de qualité pour les majors américaines. En revanche, s’ils restent en Europe, ils auront plus de chance d’émerger avec leurs propres longs métrages et séries. Des événements comme Cartoon Movie montrent qu’il y a de vraies alternatives. 

MEDIA +

Combien de projets recevez-vous ? Et de quelle nature ?

MARC VANDEWEYER

Parmi la centaine de projets reçus, nous en avons sélectionné 66 en provenance de 22 pays, dont 22 films français. 28 sont à l’état de concept, 24 en développement, 7 en production et 7 seront présentés en sneak preview. Le producteur, souvent accompagné de son équipe créative, détaille tous les aspects du projet (concept, graphisme, personnages, histoire, planning, état du montage financier et les partenaires recherchés). De courtes séances de questions-réponses sont prévues à l’issue de chaque pitch. Face à eux, des producteurs, distributeurs, agents de vente, investisseurs, sociétés de jeux vidéo, éditeurs de livres, et «new media players».

MEDIA +

Quel est l’impact de Cartoon Movie sur le secteur ? 

MARC VANDEWEYER

Initié en 1999, Cartoon Movie obtient des résultats probants : depuis sa création, plus de 328 longs métrages présentés ont trouvé leur financement, ce qui représente 2,1 milliards d’euros investis dans les projets issus de notre rendez-vous. Pratiquement 40% des projets présentés sont financés. C’est le résultat de toute cette audace des créateurs, réalisateurs et producteurs européens.

MEDIA +

Les films d’animation sont-ils portés par la comédie ?

MARC VANDEWEYER

Les comédies familiales représentent en effet le coeur de cible des projets. Cependant, notre panel est très large. On y retrouve des films d’auteurs et des œuvres destinées à un public plus adulte. Nous avons aussi de la fantaisie et des longs métrages plus commerciaux. Cela permet à tout le monde de faire son marché.

MEDIA +

Pourquoi les Pays-Bas sont-ils mis à l’honneur cette année ?

MARC VANDEWEYER

Les Pays-Bas abritent une industrie cinématographique dynamique et ouverte à la production internationale. Ils prennent une vraie place dans le marché européen. Depuis 3 ans, il y a un boom au niveau de l’animation chez eux. Cette année, ils viennent présenter 6 projets, et 3 autres en coproduction. C’est très significatif.

MEDIA +

La France est le plus gros producteur d’animation en Europe. Comment l’analysez-vous ?

MARC VANDEWEYER

L’Hexagone se place en effet en 3ème position au niveau mondial après les Etats-Unis et le Japon. Elle a produit 353 heures de programmes TV et 5 longs métrages en 2017. La France est au cœur d’un écosystème européen qui facilite l’accès aux financements et aux collaborations artistiques. Le succès international de l’animation est lié aux personnages dessinés qui interpellent tout le monde. Dans notre inconscient collectif, nous avons été bercés par les films d’animation et les jeux vidéo dans notre jeunesse. Nous sommes très réceptifs à l’image animée. Il y a un vrai public. En 2017, les chaînes nationales ont diffusé 14.674 heures de séries d’animation par jour (+4,4% par rapport à 2016). A la télévision, l’animation représente 29,5% de la consommation TV des enfants de 4 à 10 ans et 12,9% pour les 11-14 ans.