Mediapart a poursuivi son envol en 2018

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Mediapart a poursuivi son envol en 2018, sa onzième année d’existence, et franchi la barre des 150.000 abonnés, a annoncé mardi l’équipe du site d’information lors de sa conférence de presse annuelle. En 2017 le média indépendant avait dépassé la barre des 140.000 abonnés actifs payants. «Mediapart pour la huitième année est une entreprise profitable, sans endettement, qui ne vit que du soutien de ses lecteurs», s’est félicité EdwyPlenel, le directeur de publication.  Après une forte hausse en 2017, le chiffre d’affaires du journal en ligne a légèrement progressé en 2018, à 13,8 millions d’euros contre 13,7 millions un an plus tôt.

L’année 2018 a été marquée par «l’affaire Benalla», avec des révélations mettant en cause un proche collaborateur d’Emmanuel Macron, et qui s’est soldée par une tentative de perquisition au siège parisien du journal. «La croissance des abonnés est très forte depuis décembre», a ajouté EdwyPlenel, poussée notamment par la couverture des «gilets jaunes». Le bénéfice net diminue de 9%, à près de deux millions d’euros. Cette baisse est liée à «l’augmentation de l’impôt» et à la «hausse de la participation distribuée aux salariés en raison de la fin du déficit fiscal reportable», précise Mediapart. Le site ne perçoit toujours pas de subventions ni d’aides privées, conformément à sa politique d’indépendance. Le site, qui continue à recruter, compte désormais 87 salariés en CDI, dont 47 journalistes, avec une échelle des salaires allant de 1 à 3,7. Mediapart a misé ces derniers mois sur plusieurs nouveaux formats, allant d’un podcast judiciaire, bientôt en ligne, au recensement des violences policières pendant le mouvement des «gilets jaunes». Un film sur les dessous de la couverture de la présidentielle par le journal, tourné par une abonnée, sort en salles mercredi. Le journal a cependant abandonné son projet de «TV Mediapart» diffusée sur les box internet, n’étant pas en mesure de le «maîtriser de bout en bout», a expliqué le corédacteur en chef Stéphane Alliès. En plus de ses partenariats avec des médias locaux français, le journal échange aussi des contenus depuis quelques jours avec la revue de la gauche américaine Jacobin, et a établi un partenariat avec le journal italien «Il FattoQuotidiano». L’actionnariat du site est resté quasiment inchangé depuis 2009, les sociétés Doxa et Ecofinance possédant toujours 38% du capital, aux côtés des fondateurs, des salariés et des amis de Mediapart.

En vue de leur succession, les fondateurs gardent pour objectif de «transmettre l’intégralité du capital de Mediapart dans un fonds de dotation», mais attendent toujours une réponse de l’administration fiscale à ce sujet. Enfin, le journal a profité de cette conférence de presse annuelle pour évoquer une histoire passée de «cas de harcèlement discriminatoire ou sexiste» en son sein, a expliqué sa directrice générale Marie-Hélène Smiejan. Ils concernaient «deux personnes» qui ne sont plus dans l’entreprise: «il y a eu un cas de licenciement, et un cas d’avertissement pour faute», a-t-elle ajouté, sans plus de précisions. Cette annonce survient au moment où se multiplient les révélations sur des cas de harcèlement ou de sexisme dans les rédactions, sur fond de mouvement #MeToo.