Mondial de foot au Qatar : malgré les appels au boycott, les audiences télévisées restent puissantes

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FILE PHOTO: Soccer Football - FIFA World Cup Qatar 2022 Preview - Doha, Qatar - November 5, 2022 General view of fans ahead of the FIFA World Cup Qatar 2022 REUTERS/Ibraheem Al Omari/File Photo

De la France au Japon en passant par les Etats-Unis, les audiences télévisées du Mondial de foot au Qatar restent puissantes, en dépit des appels au boycott et de la programmation automnale de la compétition, l’Allemagne faisant figure d’exception. «La Coupe du monde est toujours aussi populaire», s’est félicitée dès la semaine dernière la Fifa, s’appuyant notamment sur les audiences du match d’ouverture Qatar-Equateur, en hausse dans certains pays par rapport à celui du Mondial-2018 en Russie. Ce fut notamment le cas au Brésil (24,3 millions de téléspectateurs en moyenne, +6%), au Royaume-Uni (6,3 millions, +57,5%), en Colombie (5,5 millions, hausse non précisée) ou en France (5,1 millions, +30%). La compétition suscite pourtant de nombreuses polémiques depuis décembre 2010 et son attribution au Qatar, que ce soit au sujet du respect des droits humains ou bien encore de la protection de l’environnement. Mais à l’heure où la durée d’écoute du petit écran baisse inexorablement au profit d’internet et des plateformes de vidéos en ligne, «les grands événements sportifs restent parmi les dernières grand-messes» très fédératrices, souligne Christophe Lepetit, du Centre de droit et d’économie du sport de Limoges. Ce constat, observé à chaque Mondial ou Euro, «n’est pas démenti» cette année, ajoute l’économiste. En France, où les Bleus ont rassemblé entre 11 et 13 millions de téléspectateurs pour leurs 2 premiers matches, «clairement, il n’y a pas d’effet boycott», assure également Philippe Bailly, du cabinet NPA Conseil. Ces scores, proches de ceux de 2018, sont à nuancer, prévient toutefois Christophe Lepetit, soulignant qu’ils sont plus faibles en termes de parts d’audience (pda), c’est-à-dire la part des téléspectateurs du match sur toute la population regardant la télévision. En outre, le cru 2022 se distingue par la prise en compte en France par Médiamétrie de la mesure «hors domicile» (dans les bars, chez des amis…), importante pour un Mondial. Sans elle, «on constaterait peut-être des baisses», estime Christophe Lepetit, tout en concédant «qu’il n’y a pas de boycott massif. On ne va pas se raconter d’histoires». En Espagne, plus de 11 millions de téléspectateurs (60,7% de pda) ont suivi le choc entre la Roja et l’Allemagne, soit le programme «le plus vu de l’année sur toutes les chaînes» du pays, selon le diffuseur public TVE. Quadruple championne du monde, l’équipe allemande fait en revanche face à un désamour inhabituel. En 2018, les 3 premiers matches de la Nationalmannschaft avaient réuni en moyenne plus de 26 millions de fidèles, contre 9 millions cette année pour sa défaite inaugurale contre le Japon (2-1), et 17 millions pour son nul face à l’Espagne (1-1). Horaires de certains matches, révélations sur les conditions de vie des travailleurs étrangers dans le petit émirat gazier, appels au boycott de certains clubs de supporters… Diverses raisons expliquent le manque d’enthousiasme en Allemagne. A l’échelle du Vieux continent, selon les calculs du magazine français «Challenges», seuls 54 millions d’Européens ont suivi le 1er match de leur sélection nationale, contre 94 millions en 2018. Mais les comparaisons d’un Mondial à l’autre sont à prendre avec précaution, les chiffres variant notamment en fonction de l’horaire ou du jour des matches. Et pour Christophe Lepetit, cela «s’inscrit dans un contexte plus global de baisse de la consommation télévisuelle de ce type de spectacle», les rencontres les plus intéressantes concentrant les pics d’audiences, et les meilleurs moments pouvant être picorés en ligne. L’Afrique, l’Amérique du Sud ou l’Asie s’affirment, elles, comme des «marchés demandeurs de contenus footballistiques de très haut niveau», pas forcément concernés par les «débats autour du boycott», plutôt occidentaux.