N. KRANTZ-GOBBI (Victoires de la Musique) : « Sur les 200 meilleures ventes en France, près de la moitié provient de la scène urbaine »

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Donner aux artistes les moyens de pouvoir s’exprimer pleinement en mariant créations visuelles et scénographies, voilà l’enjeu des Victoires de la Musique dont la diffusion est prévue ce soir en direct sur France 2. Rencontre avec Natacha KRANTZ-GOBBI, Présidente des Victoires de la Musique.

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En qualité de Présidente, quelle touche apportez-vous aux Victoires de la Musique ?

Natacha KRANTZ-GOBBI

L’enjeu n°1 a été de rajouter du rythme et du glamour à la cérémonie. Menées par Daphné Burki pour la deuxième année consécutive, les Victoires de la Musique demeurent la seule émission musicale au monde à être diffusée en Prime et en live pendant plus de 3 heures. Cela implique naturellement des contraintes techniques avec de multiples changements de plateaux (Les Victoires nécessitent plus de 20 heures de répétitions avec les artistes, ndlr). De plus, nous portons un regard avisé sur l’évolution du marché. Sur les 200 meilleures ventes en France, près de la moitié provient de la scène urbaine. Nous avons donc rajouté une catégorie «Rap». L’une des conséquences de l’essor du streaming dans le monde (60% des revenus à l’international proviennent du streaming), c’est que les productions de nos artistes ont aujourd’hui un public mondial, y compris dans des territoires où, jusqu’à maintenant, nous ne vendions pas de CD par manque de réseau de distribution physique.

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Chaque année, la cérémonie est critiquée du fait que certains artistes n’apparaissent jamais parmi les nominations… Quelle est votre explication ?

Natacha KRANTZ-GOBBI

En tant que Présidente, je ne suis pas là pour juger les résultats. Une académie de 600 personnes vote chaque année. Celle-ci est composée de trois collèges : un premier est constitué de producteurs de musique et de spectacle vivant. Un deuxième collège est formé d’artistes et un dernier regroupe les acteurs de cette industrie (managers, médias, distributeurs, plateformes). Leurs votes sont le reflet de la production artistique ainsi que de la consommation musicale. En réalité, chaque catégorie compte 3 nommés. Il est donc assez normal qu’il y ait des frustrations. C’est le jeu.

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Il y a une difficulté en France à mettre en avant de jeunes artistes en TV. Comment les aider ?

Natacha KRANTZ-GOBBI

L’industrie musicale souhaite en effet qu’il y ait davantage de musique à la télévision, et notamment à des heures de grande écoute. C’est l’une des vertus des Victoires de la Musique. Et nous en sommes fiers. Si la prestation est réussie, qu’importe s’il gagne ou non un prix, cela générera un bon de notoriété. Il est d’ailleurs assez fréquent qu’une révélation devienne l’année d’après, un artiste confirmé et majeur. 

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Plus que jamais, les labels ont investi sur la production locale…

Natacha KRANTZ-GOBBI

C’est exact ! Les labels ont investi massivement la production locale ces dernières années. Pour info, 85% des 200 meilleures ventes d’albums sont des productions françaises et parmi celles-ci, un quart sont des premiers albums. Enfin, les labels investissent près de 17% de leurs revenus dans l’artistique. Le marché est dynamique et en pleine croissance.

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La crise qui touchait le monde de la musique est-elle terminée ?

Natacha KRANTZ-GOBBI

La crise a commencé en 2002 avec l’arrivée du fichier MP3. Nous sommes en train de dépasser cette crise grâce au streaming qui a relancé le marché.