P. SARRANT (SNEP) : « 86% des internautes français consomment de la musique à travers des services de streaming »

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L’IFPI vient de publier le panorama 2018 de la consommation de musique dans le monde. Ce rapport décrypte les nouveaux usages des consommateurs âgés de 16 à 64 ans, dans les 20 principaux marchés de la musique enregistrée. Entretien avec Patricia SARRANT, Directrice de la Communication du SNEP.

média+ : Dans quelle mesure la musique fait-elle partie de notre quotidien ?

 Patricia SARRANT : Toujours bien présente dans la vie des gens, la musique est aujourd’hui omniprésente. En moyenne, nous en écoutons 17,8 heures par semaine, la voiture étant le lieu d’écoute le plus populaire. L’usage de la musique par le mobile s’affiche en tête des pratiques de tous les consommateurs grâce à la portabilité du support et au streaming par abonnement.

Selon le rapport, 86% d’entre nous écoutent la musique grâce à un service de streaming à la demande. L’usage est-il autant démocratisé ?

 Il s’agit en réalité des internautes français qui sont 86% à consommer la musique à travers des services de streaming. Contrairement aux idées reçues, le streaming n’est pas un usage réservé aux ados et aux jeunes adultes. Cette pratique est adoptée par l’ensemble de la population. 1 streamer sur 4 a plus de 50 ans et 57% des jeunes s’y adonnent en utilisant un service payant de streaming audio.

La consommation légale de la musique est-elle en hausse ?

La piraterie a reculé mais elle est encore bien présente mais sous une autre forme. Même s’il y a moins de pear-to-pear qu’il y a dix ans, la pratique du stream-ripping se développe le plus chez le jeune public mondial et français. Il s’agit d’un procédé simple qui consiste à utiliser des logiciels gratuits dans le but de convertir un fichier vidéo en fichier audio. Cet usage de la musique ne rémunère ni les créateurs, ni les producteurs. Pour autant, 32% des consommateurs utilisent cette pratique et 47% des 16-24 ans.

Le public est-il attaché aux genres musicaux propres à son pays ?

Deux phénomènes cohabitent. D’un côté, les consommateurs font la part belle aux productions locales dans leurs choix d’écoute, avec par exemple 69% des français qui écoutent de la chanson française. En observant les 200 meilleures ventes d’albums (physique, téléchargement et streaming) du 1er semestre 2018, 148 sont des productions françaises. Même si notre population a un accès plus large aux productions internationales, il reste fidèle à nos artistes. D’autre part, malgré cette internationalisation des catalogues liée au streaming, les artistes produits en France ont un public très largement international.

Pour conclure, vous soulignez l’absence encore persistante d’une juste rémunération de la part des services de partage de contenus. Comment évolue la situation ?

C’est tout l’enjeu du grand débat entre la Commission et la Parlement Européen. Un premier pas a été fait dans la bonne direction avec un vote à Strasbourg au mois de septembre dans le cadre de la directive européenne. L’objet est de modifier le statut de certaines plateformes comme YouTube qui ne fonctionnent pas sur le même principe de pur streaming comme Apple Music, Spotify, Deezer, et qui ont un statut de pur hébergeur. De ce fait, YouTube n’est pas tenu de négocier la musique comme le fait le service de streaming. Résultat des courses, ce sont eux qui cumulent le plus de consommateurs sur leur plateforme et les rémunère le moins. Il s’agit d’un problème européen qui active tous les ayants droit. Ce problème de rémunération n’est pas équitable au regard des heures passées sur YouTube. Sur l’année, Spotify rapporte 20$ par utilisateur contre moins de 1$ pour YouTube. Toutes les communautés créatives, à commencer par celles de la musique sont mobilisées à bouger ce curseur.