Pakistan: Malala sous le feu des critiques après une publicité réalisée pour une comédie musicale produite avec Hillary Clinton

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(FILES) Photo taken on September 3, 2013 shows Malala Yousafzai, the 16-year-old Pakistani advocate for girls education who was shot in the head by the Taliban in 2012, opening the Library of Birmingham in Birmingham, central England . Malala Yousafzai, Pakistan's teenage activist, on October 10, 2013 was awarded the European Parliament's prestigious Sakharov human rights prize. AFP PHOTO / PAUL ELLIS

La Pakistanaise Malala Yousafzai, prix Nobel de la paix, est sous le feu des critiques dans son pays natal après une publicité réalisée pour une comédie musicale sur les suffragettes qu’elle produit avec Hillary Clinton.

Sur X, anonymes et commentateurs lui reprochent d’être apparue à Broadway aux côtés de l’ex-secrétaire d’Etat américaine – sous le mandat de laquelle des frappes de drones ont tué des civils au Pakistan – et de ne pas se prononcer sur la guerre à Gaza, y voyant un «deux poids, deux mesures». Si Malala Yousafzai, 26 ans, est une militante obstinée des droits des femmes louée à travers le monde, les cercles islamistes et une partie importante de l’opinion publique pakistanaise voient en elle un «agent des Etats-Unis» créé pour corrompre la jeunesse.

Après la première représentation de «Suffs», le cercle des critiques semble s’être élargi à des figures du féminisme au Pakistan. «J’ai défendu bec et ongle Malala toutes ces années mais, là, je ne la suis pas. C’est vraiment difficile de la défendre depuis six mois», écrit ainsi la militante Leena Ghani, en référence à la guerre lancée par Israël à Gaza en réponse à l’attaque meurtrière du Hamas sur son sol le 7 octobre. De nombreuses voix au Pakistan accusent Malala Yousafzai de ne pas avoir exprimé sa solidarité avec les Palestiniens. La jeune femme a pourtant publiquement condamné la mort de civils à Gaza et réclamé un cessez-le-feu. Le «New York Times» rapporte qu’elle portait un pin’s rouge et noir pour la première représentation de «Suffs», un signe de soutien au cessez-le-feu. «J’admire Malala depuis 2011», affirme l’éditorialiste Mehr Tarar sur X, mais «sa collaboration théâtrale avec Hillary Clinton – qui défend le soutien infaillible de l’Amérique au génocide des Palestiniens – est un vrai coup à sa crédibilité comme défenseuse des droits humains».

Mme Clinton a dit soutenir la guerre contre le Hamas et rejeté des appels au cessez-le-feu à Gaza. Elle a aussi réclamé la protection des civils dans le petit territoire contrôlé par le mouvement islamiste depuis 2007. «Quelle déception Malala, tu nous as laissés tomber», écrit de son côté la professeure et militante féministe Nida Kirmani. La jeune fille originaire de la verdoyante vallée de Swat, dans le nord-ouest du Pakistan, avait été blessée par balle au visage en 2012 par des islamistes. Soignée en urgence en Grande-Bretagne, elle est ensuite devenue un symbole mondial de résistance à l’extrémisme religieux et la porte-voix des filles privées d’instruction, puis en 2014 la plus jeune prix Nobel de la Paix de l’histoire. Depuis qu’elle a été attaquée, elle n’est revenue que deux fois dans son pays.