S. LEVEAUX (TF1) : «Il y a des cycles d’attractivité en fonction des séries étrangères»

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Sophie LEVEAUX, Directrice Artistique des Acquisitions et des Coproductions Internationales de TF1

Le line-up de séries internationales se renouvelle à TF1. Après le succès incontestable de «Good Doctor», la Une misera prochainement sur de nouvelles franchises telles que «New Amsterdam», «Magnum P.I.» ou encore «La vérité sur l’affaire Harry Quebert» dont la diffusion est prévue dès le 21 novembre en Prime Time. A cela, s’ajoute un investissement dans la fiction européenne à travers «La Guerre des Mondes» qui sera l’événement de la BBC, ou encore «The Pier», par le créateur de la «Casa de Papel». Entretien avec Sophie LEVEAUX, Directrice Artistique des Acquisitions et des Coproductions Internationales de TF1.

MEDIA +

Face à l’expansion de la fiction française, l’engouement autour des séries US se maintient. «Good Doctor» en est l’exemple le plus probant…

SOPHIE LEVEAUX

Oui, c’est d’ailleurs très rassurant. Il y a des cycles d’attractivité en fonction des séries étrangères. Mais nous avons toujours eu à cœur d’être vigilant sur les fictions qui pourraient satisfaire notre public. Nous avons connu des années exceptionnelles avec «Mentalist», «Dr House», «Person of Interest». Entre temps, le marché audiovisuel a subi une mutation importante avec l’expansion des plateformes de SVOD. Les ordres établis ont été bousculés. Pour autant, les studios américains n’ont pas perdu la main. On s’en est rendu compte avec «L’Arme Fatale» il y a trois ans ou plus récemment avec «Good Doctor». Même si on n’arrive jamais véritablement à savoir comment le public va réagir, cette série cochait toutes les cases. C’est un succès qui a dépassé nos espérances.

MEDIA +

Êtes-vous toujours dans une logique de «cherry picking» pour sélectionner vos séries étrangères ?

SOPHIE LEVEAUX

Absolument, et cette logique est partagée par l’ensemble des chaînes françaises. Les studios américains sont aujourd’hui totalement libres sur le marché (outre Warner qui a signé une convention de partenariat avec TF1, ndlr). Cela nous permet ainsi de ne plus avoir de «deals» ou d’«outpudeals» et de fonctionner au cas par cas, en fonction de ce que l’on trouve. Nous faisons ensuite des offres pour acquérir les séries.

MEDIA +

Aux États-Unis, il y a en permanence 550 projets de séries par an. Quels sont vos critères d’achats ?

SOPHIE LEVEAUX

Nous répondons à une forme d’exigence en matière de concept, d’écriture et d’univers. TF1 a pour ambition de s’adresser au plus grand nombre tout en répondant aux nouvelles attentes. Nous allons aussi chercher du côté de Hulu, de l’Angleterre ou de l’Espagne. Nous sortons aujourd’hui des références que nous connaissons auprès des networks classiques (CBS, FOX, ABC,…). Néanmoins, nous proposerons bientôt «Magnum PI» (CBS), le reboot de la série phare mais aussi «New Amsderdam» (NBC) qui apporte un angle différent sur les séries médicales.

MEDIA +

Des acteurs comme Netflix, Amazon ou Hulu sont excessivement offensifs et préemptent l’ensemble des territoires. Avec l’évolution du marché, êtes-vous obligés de vous positionner très en amont ?

SOPHIE LEVEAUX

Oui, plus que jamais. Nous restons des ambassadeurs de la fiction étrangère. Nos partenaires européens ou américains ont confiance dans la façon dont nous gérons ce partenariat très en amont avec eux et jusqu’à la diffusion. Nous faisons partie prenante de l’évolution du marché. On essaie d’avoir d’emblée tous les éléments artistiques qui nous permettent de lire, d’anticiper et d’être les mieux placer quand on sent qu’un concept fera sens pour TF1. Après, à nous d’être convaincants. Netflix, Amazon et Hulu sont présents sur le marché, mais pour autant, tout le monde n’y est pas abonné…

MEDIA +

Faire de l’acquisition de films ou séries Netflix, est-ce toujours envisageable ?

SOPHIE LEVEAUX

On ne s’interdit aucun partenariat. Nous ne sommes pas contre Netflix. Pour preuve, nous avons acquis «Daredevil» et «Jessica Jones». L’essentiel est d’être proche de notre public, d’avoir les bons partenaires et ne pas juste faire un coup marketing.

MEDIA +

TF1 a lancé ses téléfilms de Noël début novembre. En quoi est-ce devenu un phénomène ?

SOPHIE LEVEAUX

L’univers de Noël s’inscrit dans la continuité des téléfilms de comédies romantiques que l’on propose en semaine. C’est un phénomène que nous accompagnons depuis très longtemps. Nous avons quasiment tous les téléfilms de Hallmark et d’autres distributeurs que l’on sélectionne en amont en fonction du casting, du scénario et de l’écriture. On s’empare du calendrier de Noël pour en faire une offre qualitative et quantitative avec 5 à 6 inédits par semaine.

MEDIA +

TF1 initie des coproductions internationales. L’idée est d’être moins dépendant des networks ?

SOPHIE LEVEAUX

Il y a quelques années aux États-Unis, on ne retrouvait par les dramas recherchés par notre public. Nous avons donc commencé à discuter avec nos partenaires européens pour voir s’il était possible de palier au manquement de cette proposition. C’est ainsi que «Crossing Line» et «Gone» sont nées. Nous allons continuer à investir dans les coproductions internationales sous forme de mini-events de 4 à 7 heures. Non seulement, c’est un engagement moindre en termes d’investissements artistiques mais cela permet aussi d’événementialiser le rendez-vous sur 2 ou 3 soirées. D’où «La Vérité sur l’affaire Harry Quebert» (diffusion mercredi 21 novembre, ndlr). A venir également, «The Pier» et «La Guerre des Mondes». Nous avons aussi 5 à 7 autres projets pour l’année prochaine avec des partenaires très différents.