Sandrine ROUSTAN (RTBF) : «Produire des contenus pensés dès leur origine pour vivre sur tous les supports»

Sandrine ROUSTAN (RTBF) : «Produire des contenus pensés dès leur origine pour vivre sur tous les supports»
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Depuis quelques années, la RTBF a engagé une transformation numérique importante, poussée par une nouvelle structure, MediaSquare. L’occasion pour media+ d’évoquer cette nouvelle stratégie avec Sandrine ROUSTAN, Directrice générale de la RTBF.

MEDIA+ Vous avez rejoint la RTBF avec une mission de transformation importante. Quels ont été les grands chantiers ?

SANDRINE ROUSTAN Contrairement à beaucoup d’autres groupes audiovisuels, la RTBF a déjà réuni radio, TV et digitale sous une même organisation. Le groupe réunit quatre chaînes de télévision, six stations de radio, une offre de podcasts, la plateforme RTBF Auvio, qui rassemble l’ensemble des contenus audio et vidéo, ainsi que le site d’information RTBF Actus. MediaSquare, notre nouveau bâtiment, pousse la logique de la convergence radio, télé, digitale encore plus loin: il ne s’agit plus de faire cohabiter plusieurs médias (nos chaînes de tv, radio, Auvio), mais de produire des contenus pensés dès leur origine pour vivre sur tous les supports.

MEDIA+ La transformation numérique d’un média traditionnel réside dans la transformation des méthodes de production dont le cœur concerne les studios. Pourquoi sont-ils si innovants à MediaSquare ?

SANDRINE ROUSTAN Parce qu’ils changent complètement la logique de production. C’est une philosophie complète de mutualisation. Jusqu’à présent, un studio de radio servait à faire de la radio, un plateau de télévision à faire de la télévision, et les contenus numériques étaient souvent produits ailleurs. Nous avons imaginé vingt nouveaux studios qui ne sont plus définis par sa marque média, mais par un univers éditorial : News, Gaming, Loft, Cosy, Showcase…). Grâce à ces décors entièrement modulables, des murs d’écrans et à l’automatisation des caméras, de la lumière et du son, un même espace peut accueillir en quelques minutes un journal télévisé, une émission radio filmée, un podcast vidéo ou une interview pensée directement pour TikTok, Instagram ou YouTube. L’efficience s’y inscrit d’autant plus que l’IA peut facilement s’y embarquer comme une couche d’un software en plus.

MEDIA+ Comme en France, faites-vous face à un enjeu de fact-checking, notamment auprès des plus jeunes, à une époque où l’IA peut générer de fausses images et vidéos ?

SANDRINE ROUSTAN Absolument ! Nous sommes confrontés à ce que j’appelle une véritable «crise de la vérité». Notre ambition est d’être un média de référence et de confiance. Nous disposons d’un département dédié au fact-checking, avons créé la plateforme Faky et lancé «Les Trophées du Fact-Checking», une émission destinée aux jeunes. Concernant l’IA, notre approche est très encadrée et transparente. Nous l’utilisons principalement pour optimiser nos outils de production. Pour la génération d’images, elle n’est utilisée que lorsque nous ne pouvons pas obtenir les images autrement, avec une mention explicite. Enfin, aucun article purement généré par IA n’est publié sur RTBF Actu sans intervention humaine.

MEDIA+ Vous avez également travaillé en Chine. Ce territoire était-il en avance sur les médias et vous en inspirez-vous encore aujourd’hui ?

SANDRINE ROUSTAN La Chine est encore méconnue en Europe comme source d’inspiration créative, mais cette expérience m’a beaucoup marquée. En matière de numérique et de technologie, elle reste, selon moi, l’un des marchés les plus avancés. Les synergies entre télévision, radio et digital y étaient déjà très développées. J’y ai notamment découvert des chaînes d’information en continu au format short, une approche que nous venons de lancer à la RTBF. Cette expérience a surtout changé ma manière de penser: je ne conçois plus un contenu pour une seule plateforme.

MEDIA+ Comment parvenez-vous à développer des coproductions internationales, notamment avec la France, tout en conservant votre forte identité locale ?

SANDRINE ROUSTAN Nous avons la chance que les Français apprécient notre «belgitude». Nous collaborons beaucoup avec la France, et pas uniquement avec France Télévisions. Nous pouvons notamment jouer un rôle de partenaire financier au démarrage de certains projets, comme ce fut le cas pour «HPI». À l’inverse, la France investit aujourd’hui davantage dans nos productions belges. Ces collaborations concernent aussi les documentaires et les talents, avec des échanges réguliers entre les deux pays.

MEDIA+ En cette rentrée, quelle est votre grande innovation ?

SANDRINE ROUSTAN Nous allons lancer un OVNI, un projet totalement multiplateforme. Il débutera le matin en radio, se déclinera au fil de la journée sur les réseaux sociaux et RTBF Actu, avant une avant-première sur Auvio à 18h et une diffusion sur notre chaîne principale à 20h. C’est un test majeur pour nous, porté par une équipe dédiée.

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