Snobés à Paris, encensés ailleurs: le troisième film des Bodin’s défie les lois du box-office

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Snobés à Paris, encensés ailleurs: le troisième film des Bodin’s défie les lois du box-office avec un triomphe au cinéma quasiment partout, sauf dans la capitale. Une consécration logique pour un duo comique qui a tout bâti sur le «bon sens paysan». «Ici en milieu rural, c’est complètement un carton !», s’exclame Aurélie Delage, la patronne du Mégarama de Garat, près d’Angoulême, à propos du succès des «Bodin’s en Thaïlande», sorti le 17 novembre. «On a beaucoup de gens qui ne sont pas venus au cinéma depuis des années, les séances sont complètes, les gens rigolent et sortent avec le sourire». De quoi soulager l’exploitante, qui scrute avec angoisse le remplissage de ses salles depuis le début de la pandémie. Et elle n’est pas la seule: dans les petites agglomérations, les villes moyennes et les villages, les aventures de Maria, la fermière édentée, tyrannique mais attachante et pas avare d’un bon mot et de son fils Christian, quinquagénaire un peu manche, est le carton de l’année. De la caricature à gros traits, un humour qui fait mouche sans s’embarrasser de finesse: la recette «Bodin’s» a conquis 860.000 spectateurs en une dizaine de jours d’exploitation, et a de fortes chances de rapidement dépasser le million de spectateurs, explique Eric Marti, responsable de Comscore, société spécialisée dans l’analyse du box-office. Quand le cinéma fait grise mine, surtout pour les films indépendants désespérant de retrouver leur public, quelques autres films français ont pu tirer leur épingle du jeu ces derniers mois: «Aline», le biopic sur Céline Dion par Valérie Lemercier, a très bien démarré, «Bac Nord» de Cédric Jimenez a été le succès surprise de l’été. Mais les Bodin’s ne font rien comme les autres: le spectateur parisien qui voudrait voir le film ne le trouvera que dans deux salles de la capitale, et sur sa première semaine, seuls 4% des spectateurs venaient d’Île-de-France, selon la revue professionnelle Le Film Français. Ce succès en province est un juste retour des choses pour Vincent Dubois et Jean-Christian Fraiscinet, les deux humoristes qui ont inventé ces personnages en 1994 en Indre-et-Loire. Car les Bodin’s, qui dans le film vont se frotter à l’exotisme des plages thaïlandaises pour soigner la dépression de Christian, ont patiemment construit leur succès avec des tournées et des passages télé. Leur dernier spectacle «Grandeur nature», dont la tournée vient de reprendre et qui devrait se poursuivre jusqu’en 2023, a déjà attiré 1,5 million de spectateurs «à guichets fermés dans tous les Zéniths de France». Sans compter les multiples représentations dans la ferme Bodin’s, à Descartes, (Indre-et-Loire). «Les Bodin’s, ce sont des bons mots, des vérités que se disent les gens du terroir, une simplicité», souligne leur producteur historique, Claude Cyndecki, qui produit aussi les Corses d’I Muvrini. «Ce sont deux artistes qui sont doués et qu’on dédaigne parce qu’ils représentent la province et la ruralité. Mais ça commence à changer. Avec le succès, les bien-pensants ont peur de rater quelque chose», affirme-t-il.Jusqu’où ira le succès au cinéma de ceux qui revendiquent «authenticité» et «bon sens» ? «Ils s’appuient sur un public très fan, très fidèle, c’est un film qui peut durer très longtemps», estime Eric Marti, pour qui le succès «fait boule de neige». «Avec les Bodin’s, la promesse est claire, on sait où on va: on est sur du plaisir qu’on va partager, bien rigoler», poursuit le spécialiste, qui note que ce type de comédies fédératrices a fait défaut depuis la réouverture des cinémas. Un vide que pourrait combler la sortie prévue le 8 décembre des «Tuche 4», champions toutes catégories du rire populaire.