Soprano, premier rappeur à devenir parrain du Téléthon

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«Sortir du 100% rap m’a permis de rester libre»: figure incontournable de la scène musicale française qu’il traverse à coups de tubes depuis 20 ans, le rappeur Soprano, aimé des parents comme des ados, est devenu un pont entre générations. C’est une première pour un rappeur: à 42 ans, Soprano devient parrain du Téléthon, qui se déroule ce week-end, et succède à des chanteurs comme Pascal Obispo, Garou ou Michel Sardou. «Ça fait plusieurs années qu’ils m’appellent pour être le parrain mais chaque fois le timing était mauvais. Quand je leur ai dit que c’était bon, j’étais tellement fier et heureux», confie-t-il. Une fierté pour l’artiste issu des quartiers nord de Marseille, mais pas une surprise pour le public. Présent chaque année dans le classement des personnalités préférées des Français, il est aussi le chanteur préféré des 7-14 ans. Une double casquette qu’il assume: «Je suis père de famille. Pour moi, c’est important de faire attention à ce que je dis dans mes textes donc je comprends que je plaise aux parents et aux jeunes». Né Saïd M’Roumbaba à Marseille, dans une famille originaire des Comores, Soprano arrive au chant grâce à ce qu’il appelle «le gospel musulman», qu’il pratique dès l’enfance lors d’anniversaires et de mariages. Il lance sa carrière en 2002 avec le groupe Psy4 de la Rime, qu’il forme avec ses cousins. Le style est rocailleux, dur, malgré la voix plutôt aiguë de son leader, Soprano. Cinq ans plus tard, il sort son premier album solo «Puisqu’il faut vivre», sur l’idée de la série «Les Soprano», où le héros, un mafieux en crise, se confie à sa psychanalyste. De cet album, sont tirés plusieurs tubes à succès dont «A la bien» – il donne la réplique à Eric Cantona dans le clip – ou «Halla Halla». «J’ai eu une période où j’étais en dépression et quand cet album est arrivé je me suis dit qu’il fallait lâcher tous mes démons parce qu’il fallait grandir», détaille-t-il. Le succès est au rendez-vous et ne le quittera plus. Suivront six autres albums – qui sont tous d’énormes succès commerciaux –  dont «Chasseur d’étoiles», sorti en septembre. Aux millions de disques vendus, s’ajoutent des tournées grandioses. Comme lorsqu’il remplit le stade Vélodrome (l’antre de l’OM, 55.000 places) en 2017, devenant le premier artiste francophone à y parvenir … après Johnny Hallyday. A chaque album, la même constance: ne pas s’enfermer dans du rap dur et proposer des morceaux aériens et dansants. «J’ai grandi avec la variété française, et en même temps, j’écoutais IAM et Eminem. Pourquoi les opposer ? Comme si on ne pouvait pas écouter du rap et danser sur du Gilbert Montagné lors d’un mariage», ironise-t-il. Mais surtout, l’artiste, qui revendique l’appellation «chanteur-rappeur», refuse l’assignation à la seule musique urbaine. Comme en 2016, lorsqu’il se produit dans une émission de télécrochet avec une reprise de Daniel Balavoine.Ou lorsqu’il accepte de rejoindre le casting «The Voice» sur TF1, devenant le premier rappeur à le faire. Début septembre, il annonçait quitter la version junior du télécrochet où il était juge pour se consacrer à sa future tournée. «On aime bien mettre les gens dans des cases mais avec moi ça n’a pas marché. Sortir du 100% rap et montrer toutes les facettes de mon art m’a permis de rester libre», assure-t-il. Pour autant, il n’a jamais vraiment tourné le dos au rap et reste une figure appréciée des plus grosses têtes d’affiche de cette scène. Il est ainsi présent dans deux titres du projet «Classico organisé», sorti le 5 novembre, et qui réunit, sous la houlette du Marseillais Jul, 157 artistes issus de Paris et Marseille pour un match musical de trois heures. «Quoi que je fasse, je suis toujours dans le plaisir», assure-t-il. Et de conclure que son plus grand rêve serait de finir comme Charles Aznavour: «A 94 ans, il était toujours sur scène. Ça, c’est le kif».