Sur Salto, la collection de films «Small Axe» du réalisateur britannique oscarisé Steve McQueen

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La collection de films «Small Axe» du réalisateur britannique oscarisé Steve McQueen («12 Years a Slave»), mise en ligne vendredi dernier sur la plateforme Salto, offre une fresque historique de l’Angleterre noire, largement oubliée des ouvrages officiels.
Cinq films, plus de six heures d’images et près de vingt ans couverts, la mini-série du metteur en scène noir, sa première incursion dans ce format, est un projet colossal, peut-être celui d’une vie. «Je voulais porter à l’écran des histoires qui n’étaient pas connues», «pas écrites dans les livres d’histoire» et pourtant «elles ont été importantes dans l’histoire du Royaume-Uni», a expliqué l’an dernier le réalisateur, lors du festival du film de New York, où plusieurs volets de «Small Axe» ont été présentés.
Né à Londres de parents originaires de la Grenade et Trinité-et-Tobago, Steve McQueen est lui-même un produit de cette vague migratoire caribéenne qu’a connue l’Angleterre durant les années 1950-60. Pour constituer son matériau, le réalisateur de «Hunger» et «12 Years a Slave» a réalisé des centaines d’interviews et s’est quasiment mué en archiviste. Il voulait aussi montrer la réalité du racisme institutionnel au Royaume-Uni, incomparablement moins documenté par la télévision et le cinéma que son équivalent aux Etats-Unis. Le point de départ de «Small Axe», produit par Amazon et la BBC, se situe en 1968 et correspond à l’un des épisodes les plus marquants du combat contre la discrimination et les préjugés en Grande-Bretagne.Il évoque le destin oublié de Frank Crichlow, petit entrepreneur aspiré malgré lui dans cette lutte, par l’entremise de son restaurant, Mangrove, devenu un symbole pour toute une communauté à Notting Hill, quartier depuis gentrifié où se déroule chaque année un carnaval célébrant la culture caribéenne.
Maître du réalisme, connu pour son cinéma intense et sans emphase, Steve McQueen recrée, au fil des épisodes de «Small Axe», quelques moments phares de l’histoire des Britanniques d’origine caribéenne, mais aussi beaucoup de petits instants, tout aussi précieux pour saisir ce qu’était leur quotidien. Les personnages de «Small Axe» sont pour l’essentiel des gens ordinaires qui ont eu foi en leur place dans une société largement hostile. C’est la «petite hache» (small axe) de la chanson éponyme de Bob Marley, qui, à force de coups répétés, finit par abattre le «grand arbre» (big tree) de l’inégalité. Côté production, Steve McQueen a voulu profiter de ce projet pour offrir à des comédiens noirs un écrin. Il a aussi constitué, derrière la caméra, une équipe très ouverte à la diversité, lui qui a déjà reproché à Hollywood d’être trop fermé.