Trois journalistes de Radio France et Disclose échappent à une mise en examen après leur enquête sur des soupçons de favoritisme dans l’armée

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Trois journalistes de Radio France et Disclose ont échappé mardi à une mise en examen à Paris après avoir été soupçonnés d’avoir révélé en 2018 l’identité d’un membre des forces spéciales soupçonné de favoritisme et qui avait porté plainte, a-t-on appris de sources proches du dossier. Ils ont été placés sous le statut de témoin assisté, plus favorable, ce qui pourrait présager de l’intention du juge d’instruction de prononcer un non-lieu final.

Benoît Collombat et Geoffrey Livolsi, auteurs de l’enquête «Transport aérien: soupçons de trafic d’influence dans l’armée» française publiée en mars 2018 par Radio France, étaient convoqués au tribunal judiciaire de Paris en compagnie de Jacques Monin, directeur des enquêtes et de l’investigation du groupe radiophonique public.

Il leur était reproché d’avoir révélé ou divulgué une information permettant d’identifier un membre d’une unité des forces spéciales ou de l’état-major du commandement des opérations spéciales, une infraction passible de cinq ans d’emprisonnement et 75.000 euros d’amende. D’après les sources proches du dossier, le parquet de Paris avait requis le 24 janvier leur mise en examen. Mais le juge d’instruction saisi a choisi mardi de les placer sous le statut de témoin assisté, estimant qu’ils n’avaient «aucunement précisé que le plaignant serait membre d’une unité des forces spéciales ni membre de l’état-major du Commandement des opérations spéciales». «Aucune intention délictuelle (…) n’apparaît établie alors que la volonté première» des auteurs de l’article «était d’informer», souligne encore le juge selon les mêmes sources. Les trois journalistes n’ont pas souhaité commenter à ce stade, pas plus que l’avocate de Geoffrey Livolsi, Me Virginie Marquet. «Je me félicite que le juge ait manifestement compris que cet article du code pénal n’était pas applicable en la circonstance à des journalistes qui n’avaient en rien voulu attenter à la protection des forces spéciales», a indiqué de son côté Me Basile Ader, avocat des deux journalistes de Radio France.

Les trois journalistes avaient déjà été entendus en audition libre en décembre 2022 dans les locaux de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), dans le cadre de l’information judiciaire ouverte en 2018. Cette première convocation avait suscité de nombreuses critiques de la part de défenseurs de la liberté de la presse.

Diffusée dans l’émission «Secrets d’info» sur France Inter et sur Internet, leur enquête révélait que le Parquet national financier (PNF) avait lancé des investigations concernant des militaires, parmi lesquels des gradés. Ils sont soupçonnés d’avoir participé dans les années 2010 à une opération ayant permis à la société International Chartering Systems (ICS) d’être favorisée dans l’attribution de marchés de logistique, notamment de transport aérien, pour des opérations extérieures de l’armée française. Comme l’a révélé en décembre, le PNF a récemment cité à comparaître huit militaires, dont des officiers, pour un procès devant le tribunal correctionnel de Paris qui doit se tenir en septembre.