Un site d’information singapourien souvent critique à l’égard du gouvernement a vu sa licence annulée

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Un site d’information singapourien souvent critique à l’égard du gouvernement a vu sa licence annulée vendredi dernier pour n’avoir pas déclaré ses sources de financement, tandis que le rédacteur en chef dénonce un «harcèlement et une intimidation» des médias indépendants. 

The Online Citizen (TOC) était depuis longtemps dans le collimateur des autorités pour avoir publié des articles plus critiques à l’égard des autorités que ceux des grands médias pro-gouvernementaux.

Sa licence a été suspendue le mois dernier par l’Infocomm Media Development Authority (IMDA), qui avait ordonné au site de se conformer à l’obligation de divulguer ses sources de financement. 

L’autorité de régulation a déclaré que le site avait «refusé à plusieurs reprises de s’y conformer» malgré les rappels et les prolongations, et a annulé son permis avec effet immédiat. Les sites web enregistrés engagés dans la «promotion ou la discussion en ligne de questions politiques relatives à Singapour» doivent divulguer leurs sources de financement afin d’éviter toute interférence étrangère, selon le régulateur. 

Le rédacteur en chef du site, Terry Xu, a déclaré avoir refusé de se conformer à cette obligation car cela aurait signifié divulguer l’identité de ses abonnés. «Nous ne pouvons pas trahir la confiance et la vie privée de nos abonnés simplement pour poursuivre nos activités», a-t-il déclaré. Il a décrit la décision du régulateur comme «rien de plus qu’un harcèlement et une intimidation des médias indépendants» à Singapour, que les groupes de défense des droits accusent d’étouffer la liberté de la presse. 

Le mois dernier, Xu et un rédacteur de TOC ont été condamnés à payer d’importants dommages et intérêts après avoir perdu un procès en diffamation contre le Premier ministre Lee Hsien Loong. Au début du mois, le Parlement de Singapour a également adopté une loi visant à empêcher l’ingérence étrangère dans la politique nationale, dénoncée par l’opposition et les militants comme un outil contre la dissidence. 

Cette loi peut permettre aux autorités de contraindre les fournisseurs d’accès à Internet et les plateformes de réseaux sociaux à fournir des informations sur les utilisateurs, à bloquer des contenus et à supprimer des applications diffusant des contenus qu’elles jugent hostiles. Singapour occupe la 160e place sur 180 pays et territoires du classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.