Jean-Luc Mélenchon : LFI creuse le fossé avec les médias

Jean-Luc Mélenchon : LFI creuse le fossé avec les médias
Founder of French left-wing La France Insoumise (LFI) party Jean-Luc Melenchon delivers a speech during a campaign rally in support of La France Insoumise - Nouveau Front Populaire's MP David Guiraud, candidate in the municipal elections in Roubaix, northern France, on January 31, 2026. (Photo by Sameer Al-DOUMY / AFP)

Une conférence réservée à quelques médias, et des «journalistes d’extrême droite» comparés à des «nazis à petits pieds». LFI, qui se dit victime d’une «cabale médiatique» depuis la mort de Quentin Deranque, creuse les tranchées face à une presse avec laquelle ses relations étaient déjà tendues. La France insoumise, prise dans la tempête déclenchée par la mise en cause de collaborateurs de son député Raphaël Arnault, a répondu par l’offensive en reprochant à ses adversaires de lancer des accusations irresponsables, et aux journalistes de leur offrir une caisse de résonnance. Sur ce terreau déjà explosif, la candidate LFI à la mairie de Paris, Sophia Chikirou, a mis le feu aux poudres s’attaquant aux «fascistes» qui oeuvrent selon elle chez certains médias. «Vous n’êtes pas journalistes! Vous n’avez rien de journalistes, rendez la carte! Vous êtes des petits agents! C’est ce que Simone Veil appelait les nazis à petits pieds», a-t-elle lancé dimanche lors d’une réunion publique. L’équipe de Sophia Chikirou a précisé ensuite que la candidate ne s’en prenait «évidemment pas à l’ensemble des journalistes, mais bien aux journalistes d’extrême droite». Mais sa citation, souvent tronquée, a provoqué une polémique. «C’est absolument ignoble», a réagi mercredi la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, lors du compte rendu du Conseil des ministres. «Qu’en démocratie on puisse à ce point piétiner le travail des journalistes, ostraciser une large partie de la presse et tenir de tels propos, c’est profondément inquiétant», a-t-elle dit, en qualifiant de «totalitaire et complotiste» le rapport de LFI à la presse. Même la députée écologiste Sandrine Rousseau, qui avait défendu LFI depuis l’agression mortelle du militant d’extrême droite radicale Quentin Deranque, a condamné mercredi sur franceinfo ces «excès de langage» de Sophia Chikirou. Fidèle à sa stratégie, le mouvement a serré les rangs. La cheffe de ses députés, Mathilde Panot, a assuré sur France 2 que Sophia Chikirou ne visait que certains médias, comme Frontières à la ligne identitaire. «Qu’il y ait des militants d’extrême droite dans les médias et que nous ayons le droit de les combattre, ça me paraît être quand même le principe de la démocratie», a réagi Manuel Bompard, coordinateur de LFI, sur BFMTV/RMC. Les lieutenants de LFI, chantres d’un discours anti-système qui englobe à leurs yeux «l’officialité médiatique», rappellent régulièrement leur volonté de «libérer les médias» de «l’emprise» des milliardaires s’ils arrivent au pouvoir, visant en premier lieu la sphère de Vincent Bolloré (Cnews, Europe 1, JDD…). Mais le mouvement entretient des relations tumultueuses avec les journalistes. L’été dernier, il avait refusé d’accréditer pour ses universités d’été le journaliste du Monde Olivier Pérou, co-auteur du livre «La meute», une enquête sur son fonctionnement interne. LFI a nourri ces critiques en inaugurant lundi un nouveau format de conférence de presse réservée aux «médias numériques alternatifs», excluant donc cette fois des médias comme l’AFPTV, Libération ou TF1. Un choix qui porte atteinte au «droit à l’information des citoyens», s’est insurgé l’ONG Reporters Sans Frontières. Le SNJ a lui estimé «légitime» de critiquer la couverture du meurtre de Quentin Deranque, mais appelé LFI à ne pas «filtrer» pour autant les reporters. «Nous invitons qui nous voulons», a répondu lundi Jean-Luc Mélenchon. Il a vilipendé «l’Inquisition» dont ses troupes seraient victimes. Mathilde Panot est venue sur le plateau de BFMTV dimanche les bras chargés de Unes récentes consacrées à LFI, comme celle de Marianne qui les qualifiait de «nouveaux fascistes». Le mouvement de gauche radicale, accusé par ses rivaux d’encourager un climat de violence, se dit victime d’une «cabale médiatique» qui a des «conséquences très concrètes», comme les menaces reçues par des candidats aux municipales.

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