Frédéric WARINGUEZ (L’Équipe) : « Notre métier, c’est d’être sur le terrain »

Frédéric WARINGUEZ (L’Équipe) : « Notre métier, c’est d’être sur le terrain »

À l’approche de la Coupe du monde 2026, L’Équipe, qui vient de franchir la barre des 300.000 abonnés numériques, déploie un dispositif ambitieux pour couvrir l’événement aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Entre défi logistique, accélération numérique, récit géopolitique et fidélité au terrain, Frédéric Waringuez, directeur des rédactions délégué, détaille la stratégie du groupe pour faire de cette compétition un temps fort éditorial majeur.

MEDIA +

Vous venez de présenter le dispositif de Coupe du monde de la FIFA 2026. C’est forcément un moment stratégique pour L’Équipe…

FRÉDÉRIC WARINGUEZ

Effectivement, c’est un rendez-vous majeur pour nous. Il y a deux événements qui structurent particulièrement notre activité : les Jeux Olympiques et la Coupe du monde. Pour cette édition 2026, l’objectif est clairement de mettre en avant tout notre savoir-faire éditorial. Nous avons donc conçu un dispositif extrêmement ambitieux pour relever un défi qui est autant journalistique que logistique. Cette Coupe du monde est particulière parce qu’elle se déroule sur trois pays et plusieurs fuseaux horaires. Il y a les États-Unis, évidemment, mais aussi le Canada et le Mexique, qu’il ne faut surtout pas oublier. Cela implique une organisation beaucoup plus complexe qu’une compétition organisée dans un seul territoire.

MEDIA +

Concrètement, comment cela va-t-il s’organiser ?

FRÉDÉRIC WARINGUEZ

Nous avons mis en place une organisation qui nous permet d’être le plus efficaces possible dans le traitement de l’information et du temps réel. Cela passe notamment par l’envoi de 22 journalistes sur place. Cela constitue le plus gros contingent de la presse européenne sur cette Coupe du monde, hors agences et diffuseurs. C’est un investissement extrêmement important pour un média comme le nôtre. Et en parallèle, nous aurons également des équipes mobilisées en France, notamment la nuit pour suivre les rencontres dont les coups d’envoi auront lieu à 2h00, 4h00 ou 6h00 du matin. Au total, si l’on additionne les équipes du journal, du numérique et de la chaîne, ce sont près de 170 personnes qui seront mobilisées pendant un mois et demi autour de cette Coupe du monde.

MEDIA +

Certaines chaînes, notamment pour des raisons budgétaires et logistiques, privilégient désormais des commentaires réalisés depuis Paris. Cette option a-t-elle été envisagée chez vous ?

FRÉDÉRIC WARINGUEZ

Très honnêtement, non. Pour nous, cela n’a jamais été un sujet. Notre métier, c’est d’être sur le terrain. C’est même fondamental dans l’ADN de L’Équipe depuis plus de 80 ans. Évidemment, envoyer autant de journalistes aux États-Unis représente un coût très important. Mais nous sommes convaincus que la valeur éditoriale naît de cette présence sur place. C’est en étant au plus près des événements que l’on peut raconter les histoires, sentir les ambiances, obtenir des informations, faire du reportage. Et puis, notre approche dépasse largement le simple cadre sportif. Nous voulons aussi raconter les États-Unis, le Mexique et le Canada dans le contexte géopolitique actuel. L’Amérique de Donald Trump, les tensions internationales, la polarisation de la société américaine… Tout cela fait partie du récit de cette Coupe du monde.

MEDIA +

On sent aussi une multiplication des formats : podcasts, vidéos, documentaires, réseaux sociaux…

FRÉDÉRIC WARINGUEZ

Les attentes du public évoluent énormément et nous devons nous adapter à ces nouveaux usages. C’est pourquoi nous développons une grande variété de contenus et de formats. Nous proposerons évidemment du direct et du décryptage tactique, mais aussi des podcasts quotidiens, des formats numériques originaux, de grands récits, du reportage, des vidéos plus immersives… Nous voulons montrer toute l’étendue de notre savoir-faire éditorial.

MEDIA +

Vous développez également des prolongements hors médias traditionnels avec des collaborations textiles, des jeux ou des expériences immersives. Jusqu’où une marque média sportive doit-elle désormais aller ?

FRÉDÉRIC WARINGUEZ

Aujourd’hui, une marque média doit rayonner partout où cela a du sens. Notre terrain de jeu reste évidemment le sport, mais le sport touche aussi à la culture, aux loisirs et à la société. C’est pour cela que nous développons des collaborations avec différentes marques et concepts tels que Quiz Room, Jules ou Foot Dimanche. Partout où nous estimons qu’il est pertinent que L’Équipe soit présente, nous essayons d’imaginer des projets cohérents avec notre identité.

MEDIA +

Vous annoncez également un bouclage repoussé jusqu’à 2h15 du matin pour intégrer au maximum les matchs des Bleus dans le journal papier. À l’heure du temps réel permanent, le papier peut encore créer l’événement ?

FRÉDÉRIC WARINGUEZ

Oui, absolument. C’est même essentiel pour nous. Nous avons adapté toute notre organisation industrielle pour cette compétition. Habituellement, le journal boucle entre minuit et minuit et demi selon les jours. Là, nous pourrons aller jusqu’à 2h15 du matin. C’est presque un exploit logistique parce qu’après le bouclage, il faut encore fabriquer le journal puis le distribuer dans toute la France. Mais nous voulons offrir à nos lecteurs un journal le plus complet et le plus à jour possible, notamment après les matchs de l’équipe de France. Et ce qui est intéressant, c’est que nous constatons que, lors des grands événements, les lecteurs restent très fidèles au papier. Les annonceurs aussi, d’ailleurs. Cela prouve que ce support garde une vraie puissance dans ces moments-là.

MEDIA +

L’intelligence artificielle fait énormément parler dans les médias. Quel regard portez-vous sur ces évolutions ?

FRÉDÉRIC WARINGUEZ

L’IA existe et, comme tous les médias, nous réfléchissons évidemment à ces sujets. Mais je suis journaliste et je défends profondément le journalisme humain. D’ailleurs, le fait d’envoyer 22 reporters sur place est une démonstration de cela. Nous voulons proposer un traitement plus humain que jamais. Aujourd’hui, il n’existe aucun projet éditorial fondé sur l’intelligence artificielle au sein de notre rédaction. Les rumeurs qui ont circulé à ce sujet sont fausses.

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