Les opérations d’ingérences numériques étrangères ciblant les élections municipales se sont intensifiées en France à l’approche du scrutin, avec plusieurs candidats visés ces derniers jours, même si ces campagnes ont une portée limitée. Durant la semaine du 9 mars, à l’issue de laquelle se tiendra le premier tour dimanche, trois opérations d’ingérences ont été mises au jour, a annoncé jeudi Viginum, le service chargé de lutter contre les manipulations en ligne. L’une a visé Sébastien Delogu et François Piquemal, respectivement candidats de la France Insoumise (LFI) à Marseille et Toulouse. La campagne a notamment pris la forme d’un faux site baptisé « blog de Sophie », se présentant comme celui d’une ancienne collaboratrice de Sébastien Delogu et contenant des insinuations pouvant laisser penser à des violences. Comme l’avait indiqué une source sécuritaire mardi, l’opération implique un « acteur localisé à l’étranger », a confirmé jeudi Viginum, sans préciser le pays. Selon le journal Le Monde, qui avait révélé l’opération, le blog est lié à « un tissu de faux comptes sur le réseau social » X, qui ciblent également le candidat François Piquemal. « Certains de ces faux comptes ont été utilisés par le passé pour promouvoir des contenus d’Elnet » un lobby pro-israélien installé en Europe et en conflit avec LFI, a précisé jeudi une source sécuritaire. Viginum a également détecté de « faux reportages » qui usurpent l’identité de plusieurs médias français et sont diffusés sur Telegram et X, qu’il attribue aux « réseaux prorusses Storm-1679 et Matriochka ». Ces contenus prétendent notamment que l’élection pourrait être reportée en raison de craintes sécuritaires liées à la guerre au Moyen-Orient. D’autres font faussement état de soupçons de fraude électorale. Matriochka a aussi ciblé les élections régionales la semaine dernière en Allemagne, relève le centre de réflexion londonien Institute for Strategic Dialogue. L’institut y voit un « changement important » dans la stratégie de ces réseaux avec une « volonté de perturber des contextes électoraux plus petits, locaux ». Mais le collectif Antibot4Navalny, qui traque les opérations d’influence en lien avec la Russie, souligne à que l’opération intervient très tardivement dans la campagne française. Lorsque Matriochka « cherche vraiment à influencer une élection, l’opération démarre de nombreux mois à l’avance », poursuit le collectif. Il cite les législatives de 2025 en Moldavie, pour laquelle des traces de manipulations avaient été détectées plus de cinq mois avant le scrutin, ou plus de huit mois avant pour les élections législatives de juin 2026 en Arménie. Viginum fait aussi état d’une opération ciblant un parti politique, « afin d’instrumentaliser la thématique écologique », sans plus de détails. La finalité de cette ingérence est « probablement lucrative », poursuit Viginum et « n’aurait pas pour motivation la déstabilisation du processus électoral ». La semaine dernière, c’est le candidat de centre-droit à Paris, Pierre-Yves Bournazel, qui avait été attaqué, dans une opération menée par le réseau lié à la Russie Storm-1516, déjà accusé d’être derrière de nombreuses opérations de désinformation en France et dans d’autres pays européens. La campagne a notamment consisté en la création d’un faux site, reprenant l’interface de son vrai site de campagne, qui prétendait à tort qu’il prévoyait de transformer le Centre Pompidou en « refuge pour les migrants sans-abri ». L’URL du faux site – « macronavecbournazel.fr » – mentionnait le président de la République, Emmanuel Macron, ce qui n’était pas le cas du vrai site du candidat. Un élément montrant que derrière Pierre-Yves Bournazel, cette campagne est « sans doute aussi une manière d’attaquer directement Emmanuel Macron », indique Maxime Audinet, enseignant à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco) et spécialiste de la politique d’influence de la Russie. Le président français, « l’une des figures qui compte le plus en Europe dans le contexte du soutien à l’Ukraine », est régulièrement la cible du réseau Storm-1516, rappelle le chercheur. A ce stade, toutes les manipulations visant les municipales ont une « faible visibilité » et un « effet marginal » sur le débat public numérique, selon Viginum. Reste à savoir si d’autres manoeuvres auront lieu entre les deux tours des municipales et surtout durant la campagne présidentielle de 2027, où les experts s’attendent à ce qu’elles soient « beaucoup plus offensives et beaucoup plus diverses », relève Maxime Audinet.



































