À l’occasion du lancement sur Slash de «P*tain de soirée», série verticale pensée pour les réseaux sociaux, Pierre Hervé, producteur et directeur général de La Méridienne, décrypte les enjeux d’un format en pleine mutation.
MEDIA +
Slash fait le pari d’une série entièrement pensée en format vertical 9/16 pour les réseaux sociaux. Est-ce une expérimentation ou le début d’un véritable nouveau standard d’écriture et de production ?
Pierre HERVÉ
C’est une vraie évolution, et sans doute une stratégie de long terme. France Télévisions avait déjà exploré ce terrain, notamment avec des initiatives proches de ce qui a pu être fait avec Arte sur des formats verticaux comme «Amour solitaire». On sent aujourd’hui une volonté claire d’accompagner les créateurs de contenus vers des formats de fiction plus ambitieux, spécifiquement pensés pour les réseaux sociaux. L’objectif est simple : aller chercher les 18-30 ans là où ils consomment déjà les contenus, c’est-à-dire sur Instagram, TikTok, YouTube ou encore Snapchat. Ce n’est donc pas un simple test. C’est une transformation progressive de l’écriture et de la production vers des formats adaptés aux nouveaux usages.
MEDIA +
Avec «P*tain de soirée», vous adaptez les codes de la comédie romantique à des épisodes de moins de 3’. Comment concilier exigence narrative, densité émotionnelle et contraintes algorithmiques ?
Pierre HERVÉ
Dès le départ, nous avons refusé l’idée de faire un format long déguisé. Nous ne voulions surtout pas créer une série de 60’ que l’on découperait ensuite en épisodes. Nous avons pensé, avec les auteurs, une narration conçue dès l’origine pour ce format court. Le point de départ était très structurant : une comédie romantique qui se déroule sur une seule soirée. Cela permet une unité de temps, d’espace et d’action très efficace pour ce type de format. Chaque épisode correspond à un moment précis que tout le monde peut reconnaître : une scène dans une cuisine, un échange à part, une tension dans une soirée. Chaque segment a sa propre thématique, tout en faisant avancer l’histoire globale et la relation entre les personnages. Mais il y a aussi une réalité : sur les réseaux, l’attention est extrêmement volatile. Il faut donc capter immédiatement, démarrer fort, et proposer des cliffhangers à chaque épisode. Chaque contenu doit être à la fois autonome et moteur de la suite.
MEDIA +
Qu’est-ce que ce projet en vertical vous a appris ?
Pierre HERVÉ
Nous avions déjà expérimenté ce type de narration, notamment avec des fictions interactives verticales pour l’application SNAX. Cela nous avait permis de comprendre certains mécanismes. Le format vertical ouvre des possibilités de mise en scène très spécifiques. On peut jouer avec les différentes zones de l’écran, imaginer des compositions visuelles inédites, ou encore suggérer ce qui se passe hors champ de manière différente. Le réalisateur s’est vraiment emparé de ces contraintes pour en faire une force, avec une mise en scène inventive, pensée spécifiquement pour le vertical.
MEDIA +
Présentée à CANNESERIES, la série bénéficie d’une exposition festivalière inhabituelle pour ce type de format…
Pierre HERVÉ
On est clairement à un moment charnière. Ces formats explosent, notamment en Asie, avec les micro-dramas et les contenus courts. Depuis plusieurs années, les plateformes et les créateurs expérimentent. Aujourd’hui, on voit apparaître une nouvelle étape : des projets qui conservent les codes des réseaux sociaux, mais avec un niveau d’exigence proche de la fiction traditionnelle, que ce soit dans la production, le jeu, la réalisation ou l’écriture. C’est sans doute ce positionnement qui permet à ce type de projet d’intégrer des festivals comme CANNESERIES. Nous sommes très curieux de voir comment une fiction verticale est reçue en salle. C’est une expérience en soi.
MEDIA +
Ce format court et vertical ouvre-t-il de nouvelles perspectives économiques pour la fiction ?
Pierre HERVÉ
Pour ce projet, nous sommes restés sur un financement assez traditionnel, proche de celui d’une fiction classique. Mais il est évident que des modèles hybrides pourraient émerger. Les créateurs de contenus travaillent déjà avec des marques, et il y a probablement des ponts à construire entre ces logiques. Aujourd’hui, il est encore un peu tôt pour tirer des conclusions définitives. C’est un modèle en construction.
MEDIA +
Avez-vous d’autres projets en cours actuellement ?
Pierre HERVÉ
Oui, plusieurs projets sont en développement, notamment pour France Télévisions. Nous travaillons sur l’adaptation d’un roman intitulé «Aime-moi, je te fuis» de Morgane Moncomble, ainsi que sur une série baptisée «BNRF», centrée sur la Brigade nationale de recherche des fugitifs. Il s’agit d’un format 4X52’, autour de la traque d’un père par sa propre fille. Nous avons également d’autres projets d’adaptation en cours, que ce soit de romans ou même de jeux de société. L’ensemble reflète une volonté de diversification des formats et des récits.
LES DIRIGEANTS
Pierre HERVÉ
Directeur général
Marine Colomies
Productrice
COORDONNEES
27 rue Eugène et Marie-Louise Cornet
93500 Pantin
DATE DE CREATION
2019
PRODUCTIONS
«P*tain de soirée», «Zonz»…



































