L’ONG Reporters sans frontières (RSF) a porté plainte contre le Bénin et la Côte d’Ivoire auprès d’une juridiction ouest-africaine pour leur rôle respectif dans l’arrestation et la détention de deux journalistes emprisonnés au Bénin, a-t-elle annoncé mardi.
Le 10 juillet 2025, Hugues Comlan Sossoukpè, directeur de publication d’Olofofo, média critique du pouvoir béninois et interdit de diffusion en mars 2025, avait été interpellé à Abidjan puis extradé au Bénin, où il est depuis détenu à la prison civile de Ouidah (sud). Lors de son arrestation, il participait à un salon de l’innovation numérique sur invitation de la Côte d’Ivoire et avait le statut de réfugié politique au Togo. Six jours plus tard, Ali Moumouni, journaliste accusé d’être son collaborateur, avait été interpellé à Cotonou puis écroué.
«Compte tenu de la gravité des faits, RSF saisit la Cour de justice de la Cedeao (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, ndlr) afin que la plus haute juridiction de l’Afrique de l’Ouest reconnaisse les graves violations du droit commises par la Côte d’Ivoire et le Bénin et obtienne la libération des deux journalistes», a déclaré le responsable du pôle investigation de RSF, Arnaud Froger, cité dans le communiqué de l’ONG. La Cour a été saisie vendredi, précise l’ONG. «Dans sa plainte, RSF estime que la Côte d’Ivoire a non seulement violé le droit de la protection des réfugiés, mais aussi la liberté de la presse et le droit fondamental du public à l’information», affirme-t-elle. «Commanditaire de cet enlèvement rocambolesque selon l’enquête de RSF, l’État béninois s’est rendu coupable des mêmes manquements, en plus de la détention arbitraire des deux journalistes», ajoute-t-elle. L’année dernière, le gouvernement ivoirien avait affirmé n’avoir mené «aucune action illégale».
RSF avait ensuite demandé l’ouverture d’une enquête en Côte d’Ivoire sur l’extradition de M. Sossoukpè, qu’elle estime mardi être, au vu de son statut de réfugié, un «fait absolument inédit dans la région ces dernières années».
Hugues Comlan Sossoukpè est «détenu dans des conditions particulièrement difficiles», ayant été «contraint à un isolement strict jusqu’à début janvier» avant d’être autorisé à recevoir de courtes visites, rapporte RSF. Ali Moumouni est lui «détenu avec d’autres prisonniers» et a «droit de rencontrer son avocat et deux membres de sa famille», ajoute l’ONG.
Les deux journalistes sont notamment poursuivis pour «apologie du terrorisme» et «harcèlement» par le biais de communications électroniques ou d’un système informatique. Dans le classement des pays concernant la liberté de la presse réalisé par RSF, la Côte d’Ivoire et le Bénin figurent respectivement 64e et 92e sur 180.



































