Oscars : Bollywood toujours en quête de reconnaissance à Hollywood

Oscars : Bollywood toujours en quête de reconnaissance à Hollywood

C’est devenu une habitude que l’édition 2026 a encore confirmée. L’Inde a beau être le producteur de film le plus prolifique de la planète, Bollywood est une fois encore rentré bredouille de la cérémonie des Oscars. Malgré tous les espoirs qu’il portait, «Homebound» de Neeraj Ghaywan avait été rayé dès janvier de la dernière liste des films nominés pour la statuette de meilleur film international décernée dimanche à Los Angeles, attribuée au norvégien «Valeur sentimentale».

Une sincère déception pour le réalisateur Shekhar Kapur. «Il y avait d’autres films également bons en compétition. Je n’ai pas dit meilleurs, j’ai simplement dit également bons», relève-t-il avec une bonne dose d’amertume. Ce metteur en scène en connaît un bout en matière de déceptions américaines. En 1999, son long-métrage historique «Elizabeth» avait récolté pas moins de sept nominations, surtout dans des disciplines techniques, mais était reparti sans la moindre récompense…

Cette longue disette du cinéma indien à Hollywood est attribuée pèle-mêle au processus de sélection jugé inégal de l’Académie du cinéma américaine, à la faiblesse des campagnes de promotion des oeuvres «made in India» ou à leurs thèmes parfois jugés «trop commerciaux». C’est en 1957 que l’Inde a concouru pour la première fois dans la catégorie du meilleur film étranger. «Mother India» avait alors franchi le cap de la sélection et même frôlé le titre, défait d’une seule voix par «Les Nuits de Cabiria» du maître italien Federico Fellini. Deux films à peine ont réussi depuis à intégrer la dernière liste – «Salaam Bobay !» et «Lagaan» – mais aucun n’a réussi à remporter la statuette. Et dans les autres catégories, seuls «RRR» (chanson originale en 2022) et «The Elephant Whisperers» (court-métrage documentaire, la même année) sont parvenus à rafler un Oscar. Avec le réalisateur Satyajit Ray, distingué en 1992 pour l’ensemble de son oeuvre. Maigre bilan. «Peut-être que nous ne retenons pas notre meilleur film», avance l’acteur et metteur en scène Anupam Kher. «Ce n’est pas que nous ne faisons pas du bon cinéma, mais un travail d’introspection est nécessaire». Lui aussi écarté de la liste finale des prétendants au titre de meilleur film international 2024 avec son «Laapataa Ladies», Kiran Rao insiste lui sur la très onéreuse campagne de promotion requise pour s’imposer. «La sélection n’est qu’une partie du processus», abonde son homologue Ketan Mehta. «Vendre le film aux Etats-Unis et au jury à Los Angeles est tout aussi important. C’est à cette étape-là que les films indiens sont écartés de la course». Ancien président de la puissante Fédération indienne du film (FFI), en charge du choix du film qui la représente aux Oscars, Firdausul Hasan assure pour sa part que le succès n’est pas qu’une question de dollars. Il constate notamment que des studios comme Dharma ou des producteurs comme Aamir Khan – celui de «Lagaan» et «Laapataa Ladies» notamment – ont largement les moyens de cette publicité imposée. Mais qu’eux non plus n’ont pas réussi à faire triompher leurs longs métrages à Hollywood. «Ils sont parfaitement capables de promouvoir et de vendre efficacement leurs films», relève Firdausul Hasan. «Mais tout ça reste un exercice très incertain», s’empresse-t-il d’ajouter. «Si on connaissait la recette pour gagner un Oscar ou pour faire un film à grand succès, tout le monde voudrait en faire. On parle ici de création artistique, et non pas de mathématiques…»

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