A. LASCH (SNEP) : «Aujourd’hui 30% des streamers ont plus de 50 ans»

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Pour la 3ème année consécutive, le marché de la musique enregistrée français a progressé en 2018. Cette croissance d’1,8% confirme la tendance positive qui s’est dessinée depuis 2016, en France et dans le monde entier. Entretien avec Alexandre LASCH, Directeur Général du SNEP.

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La production musicale est en mode «conquête». Est-elle portée par le streaming ?

Alexandre LASCH

Absolument ! C’est la 3ème année consécutive de hausse pour le marché français. Même si la progression est modeste cette saison à 1,8% pour 765 M€, le streaming est le ressort de cette croissance. Il représente désormais 51% des ventes totales, en progression de 26%. En revanche, le physique résiste mieux qu’ailleurs. Qu’il s’agisse du CD ou du vinyle, ils bénéficient d’un réseau de plus de 4.000 points de vente sur tout le territoire. Le marché physique représente encore 43% du chiffre d’affaires du marché musical. On peut signaler l’engouement de toutes les générations pour le vinyle. Ses ventes ont quintuplé en 5 ans et elles représentent 1/5ème des ventes physiques.

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Le physique va-t-il continuer à perdre du terrain ou se stabiliser ?

Alexandre LASCH

Il existe encore une réelle appétence du consommateur pour le support. Si on accuse un recul des ventes du physique, il faut rappeler que la fin d’année a été perturbée par les mouvements sociaux. Cette période est stratégique car elle correspond à 1/3 de nos ventes. Pourtant, nous avons observé un recul de 15 à 20% du chiffre d’affaires.

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Qu’est-ce qui dynamise le marché du streaming ? Les abonnements ?

Alexandre LASCH

Oui, c’est effectivement ce qui tire les revenus du streaming. Il y a un indicateur important : 5,5 millions de personnes en France sont abonnées à des services de streaming. C’est à la fois peu et beaucoup en valeur absolue. Ce mode de consommation est désormais massif. Si on se compare à d’autres pays comme le Royaume-Uni, on dénombre déjà 8,3 millions d’abonnés. Nous avons donc une belle marge de progression.

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Comment évolue la rentabilité du streaming vis-à-vis des ayants droit ?

Alexandre LASCH

Le streaming par abonnement est ce qu’il y a de plus rémunérateur pour l’ensemble de la création : producteurs, artistes, auteurs. Nous avons une problématique, celle du «value gap», c’est-à-dire le transfert de valeur au profit de certaines plateformes comme YouTube et au détriment de la création. Pour cela, la directive des droits d’auteur est en discussion actuellement. On espère que les pouvoirs publics européens vont pouvoir régler ce problème et faire en sorte que YouTube contribue également comme Spotify, Deezer ou les autres à la création, de manière juste et équitable.

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Quel est le profil du consommateur de streaming par abonnement ?

Alexandre LASCH

Cela fonctionne dans toutes les générations. Quand un consommateur commence à utiliser un service d’abonnement, il ne peut plus s’en passer. En moyenne, un utilisateur passe 9h30 par semaine à écouter de la musique en streaming. Les jeunes sont les leaders parmi les streamers. Les moins de 30 ans représentent 26% de la population. Pour autant, ils sont 44% parmi les utilisateurs d’un service de streaming par abonnement. Aujourd’hui, 31% des streamers ont plus de 50 ans.