A-S de CHAISEMARTIN (France 24) : « VivaTech a été pour France 24 un véritable laboratoire de transformation numérique »

A-S de CHAISEMARTIN (France 24) : « VivaTech a été pour France 24 un véritable laboratoire de transformation numérique »

Au lendemain de VivaTech, où France Médias Monde déployait un dispositif éditorial et technologique inédit, Anne-Sophie de Chaisemartin, Directrice de la production et des régies finales de France 24, revient sur les grands défis de transformation du groupe. IA, nouveaux usages, diffusion mondiale et évolution des métiers : elle détaille la stratégie d’un média international en pleine mutation.

France Médias Monde était présente à VivaTech cette année. Quels sont les principaux objectifs de votre participation ?

Avant de parler de VivaTech, il faut rappeler que France 24, ce sont quatre antennes diffusées 24h/24 en français, anglais, arabe et espagnol. Nous devons répondre à plusieurs publics, plusieurs temporalités et assurer une diffusion mondiale. Dans ce contexte, notre enjeu n’est pas simplement de moderniser des outils, mais de faire évoluer la manière dont nous fabriquons, exploitons et sécurisons l’information. VivaTech était pour nous un véritable laboratoire de transformation numérique. Nous y avons déployé un dispositif compact avec des caméras automatisées, des outils d’intelligence artificielle, une réalisation dans le cloud et des flux alimentant simultanément nos antennes, YouTube et nos plateformes internes. Cela nous permet de construire une antenne plus agile et plus modulaire tout en conservant les exigences du broadcast.

Parmi les innovations présentées, lesquelles vous semblent les plus susceptibles de transformer les métiers de la production audiovisuelle ?

J’ai l’habitude de dire que le numérique ne se décrète pas, il se construit. La transformation passe par les équipes, les workflows et les usages. Ce qui m’a particulièrement marquée à VivaTech, c’est l’hyper-modularité. Aujourd’hui, le journaliste doit penser son contenu dans une logique de distribution à 360 degrés. Il doit réfléchir non seulement à ce qu’il produit, mais aussi à l’endroit où ce contenu sera consommé. Le linéaire reste structurant, surtout pour une chaîne d’info continue en direct, mais il n’est plus le seul créateur d’impact. Les contenus doivent désormais vivre en direct, en replay, sur les réseaux sociaux, YouTube ou mobile. Le cœur du métier reste l’information, mais les modes d’accès à l’information se multiplient.

Quels sont aujourd’hui les grands chantiers technologiques menés au sein de France 24 ?

Nous ne sommes pas dans une simple logique de remplacement d’outils. Nous transformons progressivement la manière dont nous fabriquons et faisons circuler l’information. L’un des grands chantiers concerne la transition vers des infrastructures IP et le standard SMPTE 2110. Concrètement, cela permet de passer d’une logique fondée sur des infrastructures câblées à des environnements reposant sur le réseau. Nous gagnons ainsi en souplesse, en interopérabilité et en capacité d’évolution.

L’objectif est donc de faire évoluer les infrastructures tout en garantissant une diffusion fiable à travers le monde ?

Exactement. VivaTech en est un exemple, tout comme Africa Forward, le sommet organisé à Nairobi où nous avons créé plusieurs canaux événementiels multilingues avec RFI et France 24. L’exemple le plus récent est le lancement de RFI en arménien. Cette offre est entièrement pensée pour le numérique et les réseaux sociaux, avec des formats pédagogiques, interactifs et de fact-checking destinés aux jeunes Arméniens. Aujourd’hui, une nouvelle langue n’est plus seulement une nouvelle rédaction : c’est aussi une nouvelle manière de produire et de distribuer l’information selon les usages réels d’un public.

Quels usages de l’intelligence artificielle explorez-vous aujourd’hui ?

Nous avons déjà plusieurs usages concrets. Nous avons mis en place il y a plus d’un an un portail interne sécurisé, qui accueille tous les outils IA à disposition des collaborateurs, qu’ils soient à Paris, dans nos rédactions à travers le monde, comme pour nos journalistes en mission puisqu’il est accessible sur mobile. Il comporte notamment un chatbot sécurisé, mettant à disposition les derniers modèles IA du marché, tout en préservant la confidentialité des données.  Nous utilisons également l’IA dans certaines caméras robotisées capables de suivre automatiquement un intervenant ou d’adapter leur cadrage. Nous sommes encore dans une phase de prototypage, mais les perspectives sont intéressantes. L’IA peut aider à produire, à exploiter et à gagner en efficacité. En revanche, la responsabilité éditoriale ne se délègue pas à une machine. Elle n’a d’intérêt que si elle améliore la qualité, l’accessibilité, la rapidité de l’information. Elle peut être pertinente pour la transcription, le sous-titrage, la traduction, l’indexation des archives ou la veille. Mais la décision éditoriale reste humaine, et le recours à l’IA doit être transparent pour les publics.

Les contenus sont désormais consommés sur de multiples plateformes…

Oui, et de fait, nous avons considérablement élargi nos modes de production. Nous pouvons toujours déployer des dispositifs lourds lorsque c’est nécessaire, mais nous privilégions de plus en plus des solutions plus légères et plus sobres. La RSE influence désormais directement notre manière de produire : moins de déplacements, moins d’énergie consommée et davantage de sobriété dans les équipements. Nous développons aussi des solutions hybrides avec des caméras automatisées, des productions dans le cloud ou encore des kits de mobile journalisme basés sur des smartphones. L’objectif est d’adapter les outils aux besoins tout en conservant un haut niveau de qualité.

Quels seront les principaux défis de votre direction au cours des prochaines années ?

Je les résumerais en une formule : moderniser en marchant. Nous évoluons dans un contexte budgétaire extrêmement contraint. L’enjeu est donc de mutualiser davantage, d’industrialiser intelligemment certains processus et de mieux réutiliser les contenus, tout en restant concentrés sur l’essentiel : la fiabilité éditoriale, la qualité de fabrication de l’information et la confiance. Les résultats numériques montrent que cette stratégie porte ses fruits. En 2025, France Médias Monde a enregistré près de 5 milliards de vidéos vues et d’écoutes, soit une progression de 27% sur un an. Le groupe compte également 128 millions d’abonnés sur les réseaux sociaux. Pour France 24, cela représente 2,6 milliards de vidéos vues en 2025, dont 1,3 milliard sur YouTube. RFI a enregistré 1,8 milliard de vidéos vues, en hausse de 66 %, dont 500 millions en langues africaines. Ces chiffres confirment que notre transformation numérique produit déjà des résultats concrets. Et surtout, les rédactions sont pleinement engagées dans cette dynamique. C’est ce qui la rend particulièrement passionnante.

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