Activision Blizzard, le géant des jeux vidéo à la réputation ternie par une série de scandales

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Connu pour ses franchises à succès «World of Warcraft» ou «Call of Duty», Activision Blizzard est devenu un géant des jeux vidéos, à la réputation ternie par une série de scandales de discrimination et harcèlement, qui ont mis sous pression son PDG. Créé en 1979 par d’anciens programmeurs d’Atari mécontents de leur rémunération, Activision est aujourd’hui une entreprise qui pèse plus de 8 milliards de dollars de chiffre d’affaires (données 2020).Elle s’appuie sur quelques franchises majeures, à savoir «World of Warcraft», jeux multijoueur toujours très populaire près de 30 ans après son lancement (1994), le jeu de tir à la première personne «Call of Duty» ou «Candy Crush», jeu de type puzzle. Le plus récent de ces jeux date d’il y a quasiment dix ans («Candy Crush»), mais tous ont fait l’objet de nombreuses mises à jour et certains ont bénéficié de l’émergence d’internet et des jeux en ligne pour se réinventer. L’entreprise d’aujourd’hui n’a qu’un lointain rapport avec celle des origines. Le groupe est ainsi passé tout près de la faillite au début des années 90, victime de la crise des consoles mais aussi d’une tentative ratée de diversification dans la bureautique. C’est à cette époque que l’actuel PDG, Bobby Kotick, a fait son entrée avec un groupe d’investisseurs, rachetant personnellement 25% du capital pour 400.000 dollars, une participation qui vaudrait aujourd’hui 16 milliards de dollars au cours de mardi. Entrepreneur à l’ancienne, Bobby Kotick a reconstruit Activision, avant de se lancer dans une boulimie d’acquisitions pour négocier le virage des jeux multijoueurs puis celui de la révolution des smartphones. En 2008, il n’hésite pas à fusionner avec Vivendi Games, permettant à Vivendi de prendre 52% du capital de l’ensemble, pour récupérer les pépites que recèlent la filiale d’édition de jeux vidéos du groupe français, notamment Blizzard, concepteur de «World of Warcraft». Seulement cinq ans plus tard, il rachète, avec un groupe d’investisseurs, l’essentiel de la participation de Vivendi, en difficultés financières. En 2016, Activision Blizzard lâche 5,9 milliards de dollars pour acquérir le groupe britannico-suédois King, géniteur de «Candy Crush», et se positionne dans l’univers du jeu mobile. En pleine santé ces dernières années, fort de nombreux titres à succès, avec aussi «Overwatch» ou «Diablo», Activision Blizzard a cependant été rattrapé, en 2021, par une série d’accusations de discrimination et de harcèlement au sein de l’entreprise. Tout a commencé par le lancement, fin juillet, par une agence de l’État de Californie d’une action en justice pour harcèlement sexuel, discriminations ethniques et machisme à l’encontre des femmes qui représentent environ 20% des employés du groupe. Le tout aurait été facilité par des employés des ressources humaines d’Activision Blizzard, dont le siège social se trouve à Santa Monica en Californie. Depuis, Activision Blizzard a passé un accord avec une autre agence (EEOC), fédérale celle-là, qui enquêtait aussi sur le groupe, avec, à la clef, la création d’un fonds de compensation des victimes de harcèlement, doté de 18 millions de dollars. Bobby Kotick a présenté ses excuses aux collaborateurs du groupe et annoncé, fin octobre, la mise en place d’une politique de «tolérance zéro» contre le harcèlement, ainsi que la création d’une enveloppe de 250 millions de dollars pour permettre à l’éditeur de faire monter à 50% la proportion de femmes et de personnes «non-binaires» (qui ne s’identifient à aucune des deux genres). Le dirigeant emblématique d’Activision a été pressé de démissionner par nombre de critiques, d’investisseurs et de salariés, une enquête du «WSJ» ayant révélé, en novembre, que Bobby Kotick était au courant de certaines accusations depuis plusieurs années.