Intérêt en léger recul pour l’actualité, défiance persistante envers les médias, montée en puissance des influenceurs et de l’IA… À l’occasion de la publication du 39ème baromètre La Croix – Verian – La Poste sur la confiance dans les médias, Béatrice BOUNIOL, cheffe du service Culture et Médias à «La Croix», décrypte les grandes tendances de l’année.
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Quels sont les grands enseignements de cette édition 2025 ?
Béatrice BOUNIOL
Trois points majeurs ressortent. D’abord, un intérêt pour l’actualité en baisse, même s’il reste élevé : 71% des Français déclarent suivre l’actualité avec grand intérêt, soit une baisse de 5 points en un an. Ensuite, une relation paradoxale aux médias, mêlant à la fois méfiance et confiance. Enfin, et c’est le cœur de cette édition, l’identification de trois leviers de confiance que les Français ont exprimés pour la première fois à travers une question ouverte.
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Comment expliquer ce recul de l’intérêt pour l’actualité ?
Béatrice BOUNIOL
Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer. L’actualité bégaye un peu cette année par rapport aux années précédentes où l’intérêt pour l’actualité était très haut porté par exemple par les élections législatives, la guerre en Ukraine ou les mouvements sociaux. Il faut aussi évoquer la fatigue informationnelle : 47% des Français disent ressentir une fatigue ou un rejet de l’actualité, même si ce chiffre est légèrement en baisse. Enfin, les Français expriment un décalage entre les sujets traités et leurs préoccupations. Ils estiment que certains thèmes majeurs, comme la santé mentale ou la fin de vie, ont été insuffisamment abordés, tandis que d’autres ont été jugés mal traités, comme la violence envers les femmes ou les difficultés des services publics.
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Est-ce le signe d’un échec éditorial du système médiatique ?
Béatrice BOUNIOL
C’est en tout cas un signal d’alerte qui invite à la réflexion. Cette baisse d’intérêt se traduit aussi par une diminution de la consommation de tous les médias, y compris les journaux télévisés, les chaînes d’information en continu et la presse quotidienne régionale. Un fait marquant : les seuls usages en hausse concernent les influenceurs et créateurs de contenu, qui atteignent 42%, et l’intelligence artificielle, testée pour la première fois cette année, déjà utilisée par 41% des Français pour s’informer, dont 13% quotidiennement. Ces chiffres laissent entrevoir une évolution majeure des pratiques.
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Vous évoquez une défiance forte envers les médias. Est-elle uniforme ?
Béatrice BOUNIOL
Non, et c’est tout le paradoxe. 61% des Français se disent méfiants envers les médias en général, mais lorsqu’on interroge la confiance média par média, les résultats sont bien plus rassurants : 65% font confiance aux journaux télévisés, 63% à la presse quotidienne régionale, 58% à la presse quotidienne nationale. La confiance est encore plus élevée chez les usagers réguliers de ces médias.
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Quels sont précisément les trois leviers de confiance identifiés ?
Béatrice BOUNIOL
Le premier est un contrat de vérité. Les Français attendent une distinction claire entre faits et opinions : 78% y voient un critère essentiel de crédibilité. Ils demandent des médias rigoureux, transparents, capables de reconnaître leurs erreurs et de diversifier leurs sources. Le deuxième levier est celui de l’indépendance et de la transparence. 77% des répondants souhaitent des journalistes indépendants des propriétaires des médias et davantage de clarté sur les sources de financement, dans un contexte de forte concentration médiatique. Enfin, le troisième levier est la proximité. Les Français veulent des sujets plus ancrés dans leur quotidien et souhaitent être davantage entendus. 77% estiment que les journalistes devraient s’intéresser davantage à la vie des Français pour renforcer la confiance. En résumé, la confiance entre les citoyens et les médias est possible, à ces trois conditions : information, indépendance et proximité.



































