À l’heure où la souveraineté numérique devient un enjeu stratégique majeur pour l’économie française, Origine France Garantie franchit une nouvelle étape avec la création d’une certification dédiée au numérique. Gilles ATTAF, président d’OFG, revient sur la genèse de ce troisième pilier, ses ambitions et les risques d’une dépendance accrue aux géants américains du digital.
Pourquoi avoir ressenti aujourd’hui le besoin de créer Numérique France Garantie, une certification dédiée au digital ?
Nous avons été précurseurs sur l’origine des produits français avec Origine France Garantie, lancée en 2011 par Yves Jégo, afin d’apporter de la traçabilité et rassurer le consommateur sur la provenance des produits. Il y a cinq ans, nous avons ensuite créé Service France Garanti. Aujourd’hui, il était totalement évident que le numérique devait devenir le troisième axe. Qui mieux qu’Origine France Garantie pour porter les sujets de souveraineté numérique ? La réindustrialisation ne se fera pas sans souveraineté numérique. Nous avons donc décidé de construire un cahier des charges précis et de créer la certification Numérique France Garantie, afin d’identifier et valorsier les acteurs du digital réellement souverain, avec données hébergées en France. L’enjeu central, encore une fois, c’est la traçabilité.
Le numérique est-il devenu aussi stratégique que la production ou les services ?
Oui, totalement. Le numérique est aujourd’hui au cœur de la structuration de l’économie française. On ne structurera pas durablement notre économie sans souveraineté numérique. C’est un pilier absolument essentiel. Désormais, Origine France Garantie repose sur trois fondations : la production, les services, et un numérique qui soutient l’ensemble. Sans ce socle, rien n’est réellement pérenne.
Des dizaines de milliards d’euros quittent chaque année la France vers les géants américains du numérique…
C’est une alerte majeure parce que ces chiffres montrent l’ampleur du phénomène. On parle de 264 milliards d’euros de flux qui repartent chaque année vers les États-Unis, dont environ 70 milliards depuis la France. Cela démontre l’emprise considérable des géants américains sur les entreprises européennes. Mais au-delà de la question de la dépendance, il y a aussi un enjeu économique très concret. Si ces flux étaient gérés en interne, ils créeraient du chiffre d’affaires pour nos entreprises françaises. C’est donc à la fois un sujet de sécurité, de souveraineté, mais aussi de relance économique.
À qui s’adresse concrètement la certification Numérique France Garantie ?
Elle s’adresse d’abord aux entreprises. Mais l’objectif est que, demain, les collectivités et l’État puissent se poser les bonnes questions et s’appuyer sur des entreprises certifiées Numérique France Garantie. À terme, j’aimerais que la commande publique exige qu’une entreprise soit certifiée Numérique France Garantie pour héberger, par exemple, des données de la Sécurité sociale ou de la Défense. Ce serait un signal extrêmement fort.
Que garantit réellement ce label ?
Il garantit avant tout la traçabilité. La traçabilité des flux, des données, des choix technologiques. C’est la clé de la confiance.
Comment distinguer une véritable entreprise numérique souveraine d’un simple discours marketing ?
C’est précisément tout l’enjeu. La différence se fait par un audit extrêmement précis, très pointu et très exigeant. Comme pour Origine France Garantie, nous avons construit un cahier des charges rigoureux. Lorsqu’une entreprise est certifiée Numérique France Garantie, on peut être certain qu’elle a été auditée en profondeur. Il n’y a pas de zone grise possible.
L’hébergement des données en France est-il aujourd’hui la base indispensable de la confiance numérique ?
Oui, absolument. Il faut redonner de la confiance. Et surtout expliquer qu’il existe des entreprises françaises capables de proposer des solutions performantes. Aujourd’hui, beaucoup sont persuadés que nous sommes condamnés à dépendre des solutions américaines, comme s’il n’existait aucune alternative crédible. Or ce n’est pas vrai. Il y a en France des acteurs capables d’offrir des solutions aussi exigeantes et aussi performantes que celles que l’on croit incontournables.
Cette certification vise-t-elle aussi à redonner de la visibilité à des acteurs français parfois éclipsés par les géants américains ?
Absolument. C’est même un point central. Avec Numérique France Garantie, nous voulons mettre en avant des solutions françaises que l’on n’imagine même pas. Face à la puissance de communication des acteurs américains, nous avons aussi un rôle à jouer : aider les entreprises françaises à exister, à se rendre visibles, à montrer qu’un autre chemin est possible, en dehors de celui que l’on nous présente comme unique.
Numérique France Garantie peut-elle devenir un réflexe ?
C’est exactement l’objectif. Aujourd’hui, 83% des consommateurs se disent rassurés par le label Origine France Garantie. L’idéal serait qu’ils le soient demain tout autant par Numérique France Garantie.




































