Bruxelles veut rendre le marché européen de la défense «plus intégré» et «plus compétitif»

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Bruxelles a dévoilé mardi sa feuille de route pour rendre le marché européen de la défense «plus intégré» et «plus compétitif», en renforçant la coopération entre Etats membres pour la recherche et les investissements, afin de mieux garantir la sécurité du continent. «Une première priorité concerne le renforcement et le développement de l’achat en commun de nos capacités de défense», a souligné le commissaire au Marché intérieur Thierry Breton, lors de la présentation de ce plan qui se traduira ultérieurement par des propositions concrètes. 

Outre les recettes proposées aux Etats (exonération de TVA dès 2023…), l’exécutif européen mise d’ores et déjà sur le Fonds européen de la défense (FED), doté d’un budget d’environ 8 milliards d’euros dans le budget 2021-2027 de l’UE, dont 1,9 milliard devrait avoir été investi d’ici à fin 2022. «Ce Fonds est un instrument très puissant pour définir ensemble nos objectifs, harmoniser nos capacités d’investissement (…)  on a vraiment des progrès à faire, seules 11% des dépenses publiques de défense (des Vingt-Sept) se font en commun», loin de l’objectif visé de 35%, a rappelé M. Breton, en marge d’une session du Parlement européen à Strasbourg. 

Autre objectif : réduire les dépendances stratégiques du continent, notamment technologiques. La Commission veut établir avec les Etats «un rapport biannuel classifié» sur la question pour ouvrir la voie à de meilleures synergies entre recherche et industrie, via «un incubateur de l’innovation pour la Défense» et en intégrant une dimension militaire aux stratégies industrielles européennes.Bruxelles compte également proposer aux Etats d’adopter «un mécanisme de filtrage» pour surveiller l’acquisition d’infrastructures critiques (notamment dans le numérique) par des investisseurs étrangers. «On ne peut pas parler de semi-conducteurs, d’intelligence artificielle, de «cloud», de supercalculateur, d’espace ou de cyber, sans penser défense et sécurité», fait valoir Thierry Breton, appelant également à mieux protéger les infrastructures informatiques et spatiales. Les équipements spatiaux pourraient ainsi être considérés automatiquement comme à «double usage», civil et militaire. «Ce n’est pas l’Otan qui va protéger nos satellites  (…) ou nous protéger quand nous sommes victimes de cyberattaques», a insisté le commissaire. Enfin, Bruxelles veut renforcer la place de l’industrie de défense européenne sur le marché mondial : la Commission appelle les Vingt-Sept à mieux coordonner leurs politiques de contrôle de ventes d’armes, afin de ne pas «s’empêcher mutuellement d’exporter vers les pays tiers des équipements militaires développés en coopération». Ces orientations seront débattues lors du sommet informel des dirigeants des Vingt-Sept des 10-11 mars en France, a précisé l’exécutif européen.