C. DABADIE (Chabraque Productions) : “Nous produisons des films d’auteur populaires»

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Fondée en 2001 par Clémentine Dabadie, Chabraque Productions se déploie aujourd’hui autour de la fiction avec  «Les Bodin’s  enquêtent en Corse» le 12 février pour M6, «9.3 BB» la série d’Abd al Malik et Wallen sur France.tv ou encore «Marianne» dont la saison 2 vient de se terminer sur France 2. Entretien.

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Des films d’auteur à destination du grand public, c’est votre credo ?

Clémentine DABADIE

Nous produisons en effet des films d’auteur populaires. J’accorde une importance à cette dimension «populaire», un élément central à ne jamais négliger dans le domaine de la production, car notre objectif est de divertir des millions de spectateurs. Notre influence à travers la télévision est considérable, ce qui nous confère une responsabilité majeure. Il est essentiel que nos œuvres aient du fond. Prenez l’exemple des Bodin’s, qui pourraient être perçu comme un simple divertissement. Mais c’est bien plus que ça ! On y parle de cultures et d’humains qui se rencontrent. Ce que je trouve particulièrement remarquable dans leur écriture, c’est la diversité des émotions véhiculées : tendresse, mélancolie, et parfois une touche de tristesse. Ces fictions, tout en étant extrêmement divertissantes, transmettent des messages profonds, tels que l’importance d’aimer son prochain et de partager des moments de joie.

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La comédie reste-t-elle l’un des genres les plus compliqués à produire ?

Clémentine DABADIE

Ce qui peut faire rire une personne ne suscitera pas nécessairement le même effet chez l’autre. C’est la raison pour laquelle la collaboration entre M6 et les Bodin’s s’avère efficace : elle cible spécifiquement le public de la chaîne et celui des humoristes, qui se compose majoritairement de jeunes, de femmes, de provinciaux et de familles.

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Associer «film d’auteur» à «Bodin’s» peut sembler contre-intuitif de prime abord…

Clémentine DABADIE

Et pourtant, c’est remarquablement bien écrit. J’ai été séduite par leur finesse. À la télévision, les codes sont particuliers et diffèrent de l’humour scénique, ce qui représentait un véritable défi pour les Bodin’s lorsqu’ils ont dû s’y adapter. J’ai eu l’opportunité de les accompagner dans ce processus d’adaptation, et leur rigueur ainsi que leur éthique de travail ont grandement facilité les choses. Je tiens également à souligner le rôle crucial des conseillers de programmes dans ce processus créatif. Leur contribution ne se limite pas à la proposition d’idées ; ils agissent en véritables gardiens du temple, avec une connaissance aiguisée de ce qui résonne auprès du public de leur chaîne. Mon approche de travail s’apparente à celle d’une couturière.

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La dimension artisanale de vos productions, une plus-value qui se perd ?

Clémentine DABADIE

Je suis une saltimbanque, veillant scrupuleusement à la gestion du temps et à l’aspect artistique des projets. C’est ainsi que l’on parvient à captiver un diffuseur. Prenons l’exemple de «9.3 BB», un projet audacieux centré sur une jeune fille désireuse de monter une pièce de Bertolt Brecht avec ses amis de quartier. Lors de la présentation de cette série aux diffuseurs, leur scepticisme était palpable, jusqu’à ce que Sened Dhab, directeur de la fiction pour jeunes adultes chez France.tv, la qualifie de génial. C’est une rencontre de sensibilités, d’aspirations et d’un timing adéquat.

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Comment en êtes-vous venue à produire les Bodin’s pour la TV ?

Clémentine DABADIE

J’ai eu beaucoup la chance. Quand j’ai vu les cartons qu’ils faisaient en Prime sur M6 et au cinéma, j’ai cherché leurs coordonnées sur internet et j’ai trouvé quelqu’un qui les connaissait. Je les ai eus au téléphone. À ma grande surprise, ils se sont montrés simples et abordables. Je leur ai alors suggéré de combiner leur talent pour les sketchs avec une trame narrative pour une fiction TV, le tout présenté sous forme de polar.

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Quel travail prospectif réalisez-vous sur les fictions ?

Clémentine DABADIE

En tant que productrice indépendante, je dois user de stratégies astucieuses pour rivaliser avec les grands groupes capables de sécuriser instantanément les meilleurs livres et franchises. Ma tactique implique d’être inventive, agile et intuitive, tirant parti de chaque ressource à ma disposition. Cela signifie cultiver un réseau auprès des éditeurs pour qu’ils me proposent des idées avant que la concurrence ne se manifeste. Un exemple marquant fut en 2014 avec «La liste de mes envies». J’avais identifié le potentiel de ce livre de Grégoire Delacourt, alors un jeune auteur peu connu, dont le manuscrit suscitait l’intérêt à l’international lors du Salon du livre de Francfort. J’ai agi rapidement pour acquérir les droits avant même sa publication. Je m’informe également grâce aux journaux populaires, restant à l’affût. La tendance actuelle est la comédie d’auteur.

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Des développements en cours ?

Clémentine DABADIE

Oui, un projet de série qui me tient à cœur : «Nouvelle vague» qui raconterait l’histoire de jeunes cinéastes, de Truffaut à Chabrol, ayant donné un coup de pied dans la fourmilière pour réinventer le cinéma de demain sur fond de guerre d’Algérie. Raconter la grande histoire par la petite histoire, c’est passionnant.

 

LES DIRIGEANTS
C. Dabadie
Présidente
H. Fihey
CEO
COORDONNEES
4 Pl. d’Estienne d’Orves
75009 Paris 

DATE DE CREATION
2001

PRODUCTIONS
«Les Bodin’s  enquêtent en Corse» (M6) ; «Marianne» (F2) ; «9.3 BB» (France.tv)…