C. MONNIER (OKAST TV) : «Locales Plus permet d’agréger tous les contenus tout en conservant une identité régionale forte.»

C. MONNIER (OKAST TV) : «Locales Plus permet d’agréger tous les contenus tout en conservant une identité régionale forte.»

Locales Plus, propulsée par la technologie d’OKAST, ambitionne de devenir la première plateforme de streaming unifiée dédiée aux chaînes locales françaises. Une révolution à la fois technologique, éditoriale et souveraine pour les médias de proximité. Entretien avec Cédric Monnier, Directeur général et cofondateur d’OKAST.

En lançant Locales Plus, OKAST et Locales.tv posent la première pierre d’une plateforme nationale dédiée aux télévisions locales. En quoi ce projet constitue-t-il un tournant stratégique pour ces acteurs régionaux ?

De tout temps, les chaînes locales ont été confrontées à une fragmentation naturelle : chacune agit dans son territoire, avec sa ligne éditoriale propre et son audience. L’idée, c’est justement d’y aller ensemble. Locales Plus permet d’agréger tous les contenus, tout en conservant une identité régionale forte. Chaque téléspectateur retrouvera la spécificité de sa chaîne locale, mais au sein d’une plateforme unique, un point de destination commun. Cette mutualisation offre un levier considérable sur la partie publicitaire, grâce à une audience désormais agrégée à l’échelle nationale. C’est aussi l’opportunité de faire découvrir à chacun des programmes venus d’autres régions. On est tous « le voisin de quelqu’un » : un reportage tourné à Rennes peut intéresser un habitant de Rouen ou de Bordeaux. L’idée, c’est d’amener du local… mais à un niveau global. Le bon vieux concept du “glocal”.

L’infrastructure OTT de Locales Plus se veut souveraine et européenne. Comment OKAST parvient-elle à garantir cette indépendance technologique face aux solutions américaines dominantes du marché ?

C’est au cœur de notre ADN. Depuis la création d’OKAST, la souveraineté technologique est notre cheval de bataille, et c’est d’ailleurs pour cela que l’Union européenne nous soutient et nous subventionne. Tout part de nos choix : choix techniques, choix d’infrastructures et choix de partenaires. Aujourd’hui, la quasi-totalité de nos partenaires sont européens – et beaucoup d’entre eux sont français. La France a la chance de compter d’excellents acteurs de la tech vidéo. Cela nous permet de garantir la maîtrise complète de la chaîne de valeur : où sont stockés les contenus, où sont situées les machines, comment sont traitées les données. C’est un enjeu majeur, surtout pour des acteurs de petite taille comme les chaînes locales. Locales Plus va leur permettre de bénéficier d’un véritable panel de données unifié à l’échelle de la France, tout en restant très territorial sur l’analyse et l’exploitation de ces datas.

Vous défendez depuis plusieurs années l’idée d’une souveraineté audiovisuelle. Quels leviers faut-il activer pour construire un modèle durable et compétitif du streaming européen ?

Avant tout, il faut de la volonté. Cela peut sembler simple, mais c’est essentiel. Le choix du souverain a un coût : les solutions européennes sont souvent un peu plus chères que celles des géants américains, qui amortissent tout à une échelle mondiale. C’est là que la mutualisation entre en jeu. Le principe même de Locales Plus – une coopérative – illustre cette logique. Mettre en commun les ressources, mutualiser les coûts. De notre côté, nous hébergeons les chaînes sur une infrastructure déjà dimensionnée pour plus de 500 plateformes actives dans le monde. Cela leur permet de bénéficier de nos effets d’échelle et d’accéder à des tarifs attractifs tout en restant sur des infrastructures européennes. Résultat : malgré le surcoût théorique, elles ne le voient pas. Grâce à notre taille et à notre expérience, nous pouvons proposer une offre compétitive tout en restant indépendants des acteurs américains.

Locales Plus mutualise technologie et distribution entre plusieurs chaînes régionales. Quels bénéfices concrets cela apporte-t-il ?

Le premier bénéfice, évident, concerne les coûts : mutualiser les infrastructures, c’est déjà économiser. Mais au-delà, cela permet de normaliser les modèles de données entre les chaînes, et donc de simplifier drastiquement l’échange de contenus. Aujourd’hui, chaque chaîne locale a son propre système. Partager un reportage nécessite d’envoyer des fichiers, de traduire les métadonnées, bref, c’est fastidieux. Avec Locales Plus, tout devient fluide. Le contenu pourra circuler en un clic d’une région à l’autre. Cela va aussi permettre une mesure unifiée de l’audience et de la data, un atout déterminant pour la publicité, mais aussi pour la compréhension des comportements des téléspectateurs. Les chaînes locales produisent une quantité impressionnante de contenus : documentaires, magazines, reportages, journaux. Grâce à une infrastructure commune, ces programmes peuvent désormais trouver une seconde vie, être rediffusés sur d’autres territoires ou valorisés par d’autres plateformes. Nous voyons déjà des ponts se créer entre Locales Plus et certains de nos autres clients : un diffuseur national ou une plateforme thématique pourra, par exemple, repérer un sujet local intéressant et le rediffuser. OKAST veut aussi jouer ce rôle de facilitateur dans la circulation et la valorisation des contenus.

Vous évoquez souvent la nécessité d’un streaming plus responsable…

C’est un axe essentiel de notre travail. Le streaming consomme de l’énergie : encoder plusieurs qualités vidéo, diffuser en continu… tout cela a un coût environnemental. Nous proposons donc une option de streaming éco-responsable, qui adapte la qualité de la vidéo au terminal utilisé. L’idée n’est pas de dégrader l’expérience, mais d’éviter la surconsommation inutile. Par exemple, envoyer de la 4K sur un smartphone n’a aucun sens: l’écran ne peut pas l’afficher, et cela consomme beaucoup plus d’énergie. Grâce à cette approche, nous pouvons diviser par deux, voire par trois, la quantité de données streamées, et donc l’électricité consommée. L’utilisateur reste libre de choisir, mais nous constatons que lorsqu’on explique cette démarche, les gens adhèrent. Comme l’avait déjà observé Canal+, la majorité des utilisateurs se montrent responsables lorsqu’ils comprennent l’impact.

OKAST propulse aujourd’hui plus de 600 plateformes dans le monde. Comment ce volume d’activité évolue-t-il ?

Nous menons deux activités principales : la création de plateformes OTT et la gestion de chaînes FAST. Si l’on cumule les deux, nous dépassons désormais les 600 points de diffusion. Nous comptons environ 180 chaînes FAST et un peu plus de 500 plateformes OTT. Certaines chaînes ont une durée de vie moyenne de trois ans – tandis que les plateformes thématiques, elles, s’inscrivent davantage dans le temps. Nos plateformes ciblent des communautés spécifiques, et cette spécialisation garantit leur pérennité. Certaines disparaissent, d’autres fusionnent, mais le volume global reste très stable. Nous observons même un léger regain d’activité en ce moment, avec de nouveaux projets de plateformes qui arrivent.

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