Charline Vanhoenacker dévoile ses secrets de fabrication

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Sa mission: faire rire 3’ tous les matins, sur la radio la plus écoutée de France. Sept ans après avoir relevé le défi, Charline Vanhoenacker dévoile ses secrets de fabrication dans son dernier livre à paraître mercredi. Baromètre de «la santé démocratique d’un pays», l’humour politique permet d’«inverser les hiérarchies», de mettre le citoyen à égalité avec le politique, l’employé à égalité avec le patron», analyse-t-elle, dans son essai «Aux vannes, citoyens!» (Denoël). «La cible privilégiée de l’humoriste, c’est le dominant (politique ou patron) qui a fauté», explique la chroniqueuse vedette de France Inter, âgée de 44 ans. Une «sorte de régulation naturelle» qui permet d’égratigner chaque camp politique, estime-t-elle, balayant les reproches émis contre elle et son équipe de l’émission de fin d’après-midi «Par Jupiter», accusées de pratiquer «un humour de gauche».Partageant ses blagues face à l’invité du matin, interviewé juste avant sa chronique, elle «a appris à y aller crescendo pour installer le rire avant le mordant, envoyer les fleurs, puis le pot, in cauda venenum. Si l’invité se braque dès le début, personne dans le studio n’osera rire». «Le seul politique à avoir fait un scandale tout de suite à la sortie du studio, c’est Richard Ferrand», élu président de l’Assemblée nationale un mois plus tôt, et empêtré dans des affaires judiciaires, se souvient-elle. Elle précise toutefois qu’il y a peu de chance de rire avec l’extrême droite en plateau, «car les responsables politiques du RN quittent le studio pour ne pas avoir à entendre les humoristes». Installée depuis une vingtaine d’années en France, elle a commencé comme correspondante pour les médias belges et s’est distinguée en 2012 avec une chronique acide sur les journalistes politiques français couvrant la campagne du favori socialiste à la présidentielle, François Hollande. Elle a ensuite lentement glissé vers le métier d’humoriste: «J’ai un profil hybride, j’estime qu’il y a toujours un fond journalistique dans mon travail». Elle n’exclut d’ailleurs pas de revenir à ses premières amours, même si elle pense qu’elle aurait «du mal à faire un billet ou un reportage sans une pointe d’esprit». Ne possédant pas la nationalité française (et n’y aspirant pas), elle ne votera pas aux prochains scrutins. «Quand je vois la non offre politique à cette présidentielle, je suis soulagée de ne pas devoir voter», confie-t-elle. «Mon seul regret, c’est de ne pas pouvoir voter contre l’extrême droite, quand elle est au second tour», ajoute cette Belge, qui vote dans son pays (où c’est obligatoire). Dans son livre, elle raconte qu’il existe en Belgique francophone «un cordon sanitaire médiatique: les représentants de l’extrême droite ne sont jamais invités à s’exprimer en direct à la télévision ou à la radio (…) Leur parole est «enrobée d’un commentaire journalistique»». Elle déplore qu’il n’y ait pas d’équivalent en France, où malgré le nombre de fois où Eric Zemmour a dérapé, «des journalistes lui déroulent le tapis rouge». En septembre, une vidéo satirique où elle suggérait d’ajouter une petite moustache au polémiste d’extrême droite sur des affiches collées par des militants lui a valu d’être convoquée par sa direction.Son métier, explique-t-elle, «donne des sueurs froides aux responsables éditoriaux qui s’attendent à tout moment au déclenchement d’une polémique médiatique, à un coup de fil courroucé de Matignon et, dans le meilleur des cas, à une brouette de courriers d’auditeurs auxquels il va falloir répondre». Exposée et sous pression, elle semble sereine quant à ces «discussions éditoriales (…) qui se sont toujours déroulées cordialement» avec la directrice de France Inter, Laurence Bloch. Adèle Van Reeth, qui lui succédera à la rentrée à la tête de la radio, «n’est pas dénuée d’humour», se félicite Charline Vanhoenacker, qui se garde de penser à la saison prochaine et d’éventuels changements: «C’est trop tôt (…) On ne sait pas qui sortira du chapeau de la présidentielle».