ChatGPT : entre fascination et répulsion

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Le logiciel ChatGPT, qui permet de générer des dissertations, des annonces publicitaires ou des lignes de code informatique sur demande et en quelques secondes, suscite plus de fascination – et de répulsion – que n’importe quelle autre avancée technologique récente. Le point sur ChatGPT :

– «Tape-à-l’oeil» : Le lancement de ce chatbot (robot conversationnel) fin novembre 2022 restera peut-être dans l’histoire comme un tournant de l’intelligence artificielle (IA). Mais des observateurs sceptiques voient surtout dans ChatGPT une brillante opération de marketing, qui a aidé l’entreprise californienne OpenAI à lever des milliards de dollars auprès de Microsoft. «Du point de vue scientifique, cela ne constitue pas une avancée particulièrement intéressante», estime Yann LeCun, responsable de l’IA chez Meta (Facebook, Instagram) et professeur à la New York University. Cette «démo tape-à-l’oeil» ne répond pas vraiment aux questions des internautes, a-t-il expliqué lors d’une interview au Big Technology Podcast, elle «génère des mots les uns après les autres», sans être capable de construire une vision du monde. Le chatbot n’est jamais qu’un programme informatique à base d’algorithmes et nourri avec des montagnes de données. «Quand on travaille avec ces modèles d’IA générative, il faut se souvenir que ce sont des machines à sous, pas des calculateurs», a averti Haomiao Huang de Kleiner Perkins, un fonds d’investissement de la Silicon Valley. «Chaque fois que vous posez une question et que vous appuyez sur le bouton, vous obtenez une réponse qui peut être merveilleuse… ou pas du tout. Le problème c’est que les échecs sont extrêmement imprévisibles», a-t-il détaillé au site spécialisé Ars Technica.

– «Familier» : ChatGPT repose sur GPT3, un modèle d’IA vieux de 3 ans. C’est son interface, qui donne l’impression de parler à une personne, qui a impressionné et conquis des pans entiers du grand public. «C’est familier, c’est comme une conversation, et c’est aussi simple qu’une recherche sur Google», résume Jason Davis, professeur à la Syracuse University. «Etant donné la portée économique (de cette technologie), il vaudrait mieux y aller plus doucement», a remarqué Sam Altman, le patron d’OpenAI, dans une interview à la newsletter spécialisée StrictlyVC. «Les gens, les institutions et les élus ont besoin de se familiariser avec l’outil, de réfléchir aux implications», a-t-il souligné. OpenAI a annoncé mercredi le lancement d’une version payante de ChatGPT: 20 dollars par mois pour un service prioritaire, meilleur et plus rapide. L’entreprise planche aussi sur un logiciel de détection des textes rédigés par des humains ou avec de l’IA.

– Potentiel : Avocats, ingénieurs, journalistes: de nombreux professionnels s’interrogent sur le potentiel des IA génératives à bouleverser leur métier. Les professeurs du secondaire et d’université sont en 1ère ligne, face aux étudiants qui s’en servent déjà. Dans l’industrie de la tech, ChatGPT pourrait donner un coup de jeune à Microsoft, à l’image de marque vieillotte par rapport à Google, Apple et Meta. «Prenez Microsoft Word. Plus besoin de rédiger un article, je n’ai qu’à lui donner des indications pour qu’il l’écrive», remarque Jason Davis. Jusqu’à présent, les grandes entreprises ont néanmoins fait attention à ne pas aller trop vite en besogne, de peur que leurs outils ne soient utilisés à de mauvaises fins – pour générer de la désinformation crédible à grande échelle, par exemple. Selon Yann LeCun de Meta, ChatGPT est devenue la star des chatbots parce que les géants de la tech craignent de lancer une plateforme qui «dirait n’importe quoi». En août dernier, Meta a sorti son propre prototype de chatbot, BlenderBot 3. Interrogé par des journalistes, il a répété des propos relevant de la désinformation et des stéréotypes antisémites.