Controversé en Occident, le succès d’Huawei ne se dément pas dans le Golfe

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Huawei a beau essuyer des déboires aux Etats-Unis et en Europe, le succès du géant chinois des télécoms ne se dément pas dans le Golfe, avec l’appétit grandissant de riches Etats pétroliers qui misent sur les technologies pour diversifier leur économie. Désireuses de limiter leur dépendance aux hydrocarbures, les monarchies du Golfe, partenaires stratégiques de Washington, ont largement choisi Huawei pour développer la 5G ou ériger des villes intelligentes. Ces dernières utilisent des technologies censées améliorer leurs services et leur sécurité via la surveillance, spécialité du géant chinois «Leur usage des technologies à des fins de surveillance est plus proche des pratiques de la Chine que de celles des pays occidentaux», explique Camille Lons, du centre de réflexion International Institute for Strategic Studies. Très présent depuis deux décennies dans la région, le colosse chinois a récemment multiplié les grosses annonces. En janvier, l’Arabie saoudite a annoncé l’ouverture à Ryad du plus grand magasin Huawei hors de Chine, quelques mois après avoir scellé un accord pour développer l’utilisation de l’intelligence artificielle dans divers secteurs. A l’été 2020, la société d’investissement saoudienne Batic a signé un accord avec Huawei pour développer des villes intelligentes. Le géant chinois est déjà l’un des principaux partenaires de Yanbu Smart Industrial City (ouest), pionnière dans le royaume. Aux Emirats arabes unis, l’entreprise a lancé de nombreux projets avec Dubaï, allant de l’inauguration d’un centre de stockage de données à un service de paiement en ligne pour le plus important réseau de transports publics du Golfe. Ailleurs pourtant, Huawei est sur la sellette: l’entreprise est notamment dans le collimateur des Etats-Unis qui l’ont placée sur une liste noire en raison de liens supposés avec l’armée chinoise et d’un risque d’utilisation des équipements à des fins de surveillance. Une décision phare dans la guerre commerciale entre l’ancien président américain Donald Trump et la Chine. Huawei a récemment appelé son successeur Joe Biden à l’«ouverture» mais il est probable que la nouvelle administration américaine garde une ligne dure. En Europe, la Grande-Bretagne et la Suède ont exclu le mastodonte chinois de leurs réseaux 5G au nom de la sécurité nationale, tandis que la France lui a fortement restreint ses autorisations d’exploitation. «Nous travaillons avec les gouvernements, les industries et nos clients d’une manière ouverte, transparente et constructive», se défend Charles Yang, président de Huawei au Moyen-Orient, basé à Dubaï. «En gagnant la confiance de nos partenaires au Moyen-Orient, nous avons pu atténuer les pressions politiques extérieures comme celles exercées par les Etats-Unis», assure-t-il. Les réticences occidentales n’ont pas empêché la plus importante compagnie aérienne du Moyen-Orient, Emirates, basée à Dubaï, de choisir Huawei fin 2020 pour construire un centre de commandement et de contrôle destiné à améliorer ses capacités de surveillance et de sécurité. Pékin est le principal partenaire commercial dans le Golfe. Selon les chiffres de l’ONU, les échanges commerciaux entre la Chine et l’Arabie saoudite, 1er exportateur de brut au monde, ont atteint environ 36,4 milliards de dollars en 2019, quelque 12,5 milliards avec le Qatar et plus de 50 milliards avec les Emirats. Mais la lune de miel avec Huawei pourrait bien soulever des débats car les pays du Golfe «sont des acheteurs importants de matériel militaire américain et accueillent sur leur sol plusieurs bases américaines», observe la chercheuse Camille Lons. «Il peut exister un risque que des technologies et des informations militaires américaines sensibles soient espionnées et transférées à la Chine», relève-t-elle.