Daniel BILALIAN (France TV) : «Vendre des droits sportifs à une chaîne payante, c’est se résoudre à n’avoir qu’un public de passionnés»

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Après Athènes, Pékin et Londres, les Jeux Olympiques de Rio feront à nouveau l’objet d’une diffusion en intégralité sur 4 chaînes du groupe France Télévisions. France 2, France 3, France 4 et France Ô seront les 4 antennes qui fonctionneront en parallèle afin que les Français ne manquent rien du spectacle. En quelques chiffres, cela représente 700 heures d’antenne et 2.400 heures de compétitions sur l’offre numérique francetv sport. Les détails de la politique de sport du service public nous sont expliqués par Daniel BILALIAN, Directeur général adjoint de France Télévisions en charge des sports.

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L’été sera sportif sur France Télévisions. Peut-on craindre une surdose de compétitions ?

DANIEL BILALIAN

Entre les Championnat d’Europe de Natation, le Tour de France, Roland- Garros ainsi que les Jeux Olympiques, nous n’allons pas nous ennuyer. Le groupe France Télévisions dispose de 5 chaînes dont 4 qui diffusent du sport. Il a donc été assez facile de dispatcher les compétitions. En tant que groupe de télévision gratuit, nous sommes le dernier à diffuser autant de sports. D’une part, c’est un vecteur d’audience important mais c’est aussi un devoir – et non pas une obligation – de mettre en valeur ces disciplines en tant qu’entreprise publique.

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Diffuser les bons sports sur les bonnes antennes, cela mérite un arbitrage ?

DANIEL BILALIAN

Pas vraiment. Pour les Jeux Olympiques, les meilleurs moments de sport seront diffusés sur France 2 et France 3. Ces chaînes seront en continu 21h/24 pour proposer l’intégralité des Jeux, tous les jours, de 8 à 5 heures du matin. Coup d’envoi avec la Cérémonie d’ouverture le vendredi 5 août, à 23 heures sur France 2. De son côté, France 4 programmera la totalité des compétitions de rugby à VII et de football. France Ô mettra en avant le volley-ball, le handball et le basket-ball. A chaque fois que les responsables de France 2 ou de France 3 considèreront qu’il y a un intérêt à basculer les compétitions sur leurs antennes – tout en préservant la diffusion initiale sur France 4 ou France Ô – ils le feront. Sur une période aussi importante que les JO, les téléspectateurs ne se préoccupent pas de savoir sur quelles chaînes ça se passe. Nous sommes mobilisés sur l’événement et le public le sait. Ils s’y retrouvent très bien. Pour preuve, il y a deux ans, nous avions diffusé sur France 4 une demi-finale de la Coupe du Monde de rugby féminine. Plus de 2 millions de téléspectateurs étaient au rendez-vous.

MEDIA +

Comptez-vous mettre à l’antenne de nouveaux consultants et commentateurs ?

DANIEL BILALIAN

Comme à chaque fois, nous intégrons des nouveaux consultants de sport. Certains ont quitté leur discipline récemment et sont au fait des enjeux de leur activité. De plus, nous avons l’habitude de conserver des gens par fidélité car ils sont qualifiés. Quant à nos commentateurs, je n’en fais pas un problème de jeunisme. Il y a un équilibre entre les plus jeunes et les plus anciens. Un journaliste comme Patrick Monteil par exemple connaît l’athlétisme sur les bouts des doigts, je ne vois pas pourquoi je le remplacerais. Le changement pour le changement, c’est ridicule. Il faut faire les choses progressivement.

MEDIA +

Y’a-t-il eu une externalisation des moyens de production au niveau des sports ?

DANIEL BILALIAN

Nous faisons le maximum de choses en interne. Mais comme toutes les chaînes, il nous arrive parfois d’acheter des images que nous n’avons pas pu filmer. Sur le plan technique, il nous arrive aussi de faire appel à des techniciens du pays dans lequel nous sommes installés pour faciliter les choses. Sur les JO de Rio, nous aurons 70 journalistes sur place, 30 consultants et près de 200 personnes avec les chargés de production et les techniciens.

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Quel est le coût des JO pour France TV ? Est-ce rentable ?

DANIEL BILALIAN

Cela nous coûte plusieurs millions d’euros. Quant au budget des JO, je ne vous le donnerai pas car il est secret. Concernant la rentabilité de tels événements, ce n’est jamais rentable. En revanche, en diffusant entre 15 jours et 3 semaines de compétitions, nous augmentons l’audience globale sur cette période. A la fin de l’année, la chaîne qui – sans cet évènement – aurait fait 15% de pda, en fera 16%. La régie publicitaire vendra ensuite – sur l’ensemble de ces programmes – des espaces pubs à 16%. C’est là que la rentabilité entre en jeu.

MEDIA +

Tenez-vous encore la corde dans la bataille des droits sportifs ?

DANIEL BILALIAN

C’est de plus en pus difficile. Pour l’instant, notre catalogue reste bien fourni : Tour de France jusqu’en 2021, Tournoi des VI Nations (2024), Roland-Garros (2018), sans oublier les Championnats du Monde d’athlétisme, de cyclisme et de natation. L’avenir nous dira si le type de télévision que nous sommes existera toujours dans 10 à 15 ans. L’arrivée sur le marché français de sociétés multinationales comme beIN SPORTS ou Eurosport rachetée par l’Américain Discovery pose un problème à terme. Ces chaînes vivent uniquement du sport. Ils ont donc plus de raisons à investir de l’argent que nous. Se pose ensuite la question de l’attitude du vendeur. Céder ses droits à une chaîne payante, c’est se résoudre à n’avoir qu’un public de passionnés. Vendre à un groupe comme le nôtre ou à TF1, c’est toucher potentiellement 66 millions de Français. Cela vous amène à réfléchir.