Décès de Jacques Martin, animateur de télévision populaire et insolent

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    L’animateur Jacques Martin, qui avait fait souffler un vent d’impertinence à la télévision avec son émission «Le petit rapporteur», est décédé vendredi à l’âge de 74 ans à Biarritz, où il vivait retiré, à demi-paralysé à la suite d’un accident cérébral. Une pluie d’hommages s’est abattue sur cette figure incontournable du paysage audiovisuel français pendant plus de trente ans, avec une belle unanimité pour relever son impertinence, son culot, et son talent. Les télévisions ont bouleversé leurs programmes pour lui faire une dernière place. La ministre de la Culture et de la Communication Christine Albanel a rendu hommage à un «esprit libre, impertinent, très drôle et bourré de talents». «Jacques avait un talent extravagant. C’était un être complexe et attachant. «Le petit rapporteur» a été l’invention d’un ton nouveau à la télévision», a souligné son complice de l’époque Stéphane Collaro. «C’était un artiste complet. Il savait tout faire et avait tous les dons: il savait danser, faire des claquettes, jouer la comédie, chanter, écrire… C’était le roi de l’improvisation», souligne Philippe Bouvard, animateur des «Grosses Têtes» sur France 2. «Je veux distraire, être populaire sans être populeux», expliquait Jacques Martin. Car cet amuseur était un homme de grande culture, passionné d’art lyrique, d’opérette et de Jean Genet, et un grand amateur de cuisine -son grand-père a travaillé comme chef à la cour du tsar de Russie Nicolas II. Derrière l’animateur sous les projecteurs se cachait un personnage plus complexe, soulignent nombre de ses proches. «Cet esprit bon enfant, l’envie de rire de tout, c’était sa nature qui contrebalançait un déchirement profond. Il était très introspectif et inquiet», souligne Stéphane Collaro. «Il ne savait pas être heureux», enchaîne Philippe Bouvard. Jacques Martin était père de huit enfants, nés de quatre unions différentes, dont celle, en 1984, avec Cécilia Ciganer-Albeniz, future Cécilia Sarkozy, avec laquelle il a eu deux filles, Judith et Jeanne-Marie. Il est né le 22 juin 1933 à Lyon, d’un père industriel qui meurt lorsqu’il a 5 ans. Il passe plusieurs années -malheureuses- dans un collège tenu par des Dominicains, avant de monter à Paris à l’âge de 15 ans pour devenir comédien. Il suit les cours de Charles Dullin puis enchaîne les petits boulots. Il fait ensuite de la radio, se produit à Bobino, compose une comédie musicale, «Petitpatapon». En 1975, il lance sur TF1, chaîne encore publique, l’émission dominicale qui deviendra l’un des plus grands succès de l’histoire de la télévision: «Le petit rapporteur». Satirique et insolente, l’émission brocarde avec férocité la classe politique, bien avant «Les Guignols», pendant ses 18 mois d’existence. Puis il passe sur Antenne 2: «Dimanche Martin», «L’Ecole des fans», où des enfants viennent chanter les succès du chanteur invité. Victime d’un accident cérébral au printemps 1998 qui le laisse à moitié paralysé, il voit son contrat avec France 2 s’arrêter à l’été. Il participe occasionnellement à une émission radiophonique avec Laurent Ruquier, qui avait démarré à ses côtés, avant de vivre complètement retiré à Biarritz.