Dernier adieu au journaliste et homme de lettres Bernard Pivot

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«C’est un chagrin national»: écrivains, chefs cuisiniers ou simples voisins ont partagé mardi la même émotion, serrés sur les bancs de l’église de Quincié-en-Beaujolais (Rhône) pour les funérailles du journaliste et homme de lettres Bernard Pivot. Le cercueil en bois clair, sans ornement ni photo, est arrivé en début d’après-midi au coeur de ce bourg de 1.300 habitants entouré de vignes et de collines, où a grandi le présentateur décédé la semaine dernière à l’âge de 89 ans. Avant de disparaître, Bernard Pivot avait laissé ses consignes pour que la cérémonie, célébrée par l’ancien curé du village, le père Rémy Forissier, soit intime et «très sobre», selon les responsables du diocèse. Plusieurs personnalités, dont la Première Dame Brigitte Macron, l’auteur Eric Emmanuel Schmitt ou le chef Georges Blanc, s’étaient toutefois glissées parmi les quelque 300 personnes réunies pour lui faire leurs adieux. «Quand vous voyez cette incroyable unanimité, c’est un chagrin national. Dans l’admiration, on est tous frères», a commenté l’écrivain Erik Orsenna sur le parvis de l’église.

«C’était plus qu’un copain», a-t-il poursuivi en expliquant que leurs liens s’étaient renforcés autour des grandes passions de Bernard Pivot: «la littérature, le foot, le vin et la gastronomie». La cérémonie a débuté au son du concerto N1 de Rachmaninov, longtemps générique du rendez-vous littéraire qui a contribué à sa notorité: Apostrophes. Les filles du défunt ont ensuite lu un texte écrit par leur père en vue de la cérémonie: «C’est à Quincié que j’ai fait les vendanges, et Dieu sait que j’ai aimé faire les vendanges». Présent dans l’assistance Philippe Claudel, auteur des «Ames grises», a estimé que Bernard Pivot «avait conquis le coeur des Français». «Il a su trouver une place qui ne peut être prise par personne d’autre», a-t-il dit, évoquant «une figure tutélaire». «C’était quelqu’un qui avait un grand souci de la rigueur et de l’honnêteté (…) des valeurs auxquelles je suis particulièrement attaché» et «je ferai une priorité» de les préserver à l’Académie Goncourt, a ajouté le tout nouveau président de cette société littéraire que Bernard Pivot a lui-même présidé jusqu’en 2019.

L’office, ouvert au public, était diffusé sur le parvis pluvieux par haut-parleurs. Un vin d’honneur de la cuvée Bernard Pivot sera ensuite servi. Le journaliste donnait chaque année son nom à une cuvée de la cave coopérative de Quincié-en-Beaujolais. Bernard Pivot sera inhumé à Quincié aux cotés de ses parents dans l’intimité familiale. «Mon papa est ici au cimetière, donc on se croisait de temps en temps. C’était quelqu’un de simple», a assuré Nicole, originaire du village, en saluant «un homme qui a fait beaucoup pour la commune». «Lui rendre hommage aujourd’hui, c’était important». Né à Lyon, Bernard Pivot a passé une partie de son enfance dans la maison familiale de Quincié où il a été conseiller municipal à la fin des années 1970. La bibliothèque porte déjà son nom. «C’était l’enfant du pays, comme on dit chez nous c’était un «Quinciaton»», le nom des habitants de la commune, «il faisait partie de la famille du village», a dit le maire Daniel Michaud qui a prononcé un discours lors des funérailles. Mardi matin, l’école du village a par ailleurs organisé une dictée en l’honneur de celui qui avait lancé en 1985 les Dicos d’or, championnat d’orthographe vite devenu international. Bernard Pivot est mort le 6 mai à l’âge de 89 ans à Neuilly-sur-Seine. Un hommage doit ensuite lui être rendu à Paris, selon l’avis d’obsèques publié dans «Le Monde» par ses proches.