Devant le Sénat, Bernard Arnault présente LVMH comme une activité de «mécénat»

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Venu jeudi devant le Sénat présenter son groupe de presse et de médias comme une activité désintéressée de «mécénat», le leader du luxe Bernard Arnault, l’un des hommes les plus riches du monde, a tenu à se démarquer en affirmant vouloir conserver une ligne éditoriale à laquelle il «adhère». Après Vincent Bolloré mercredi, la commission d’enquête du Sénat, qui doit faire la lumière sur les conséquences de la concentration croissante dans les médias, commence à s’habituer à voir les industriels les plus puissants du secteur tenter de minimiser leur importance. «Vous m’avez invité pour parler d’un sujet, les médias et leur organisation capitalistique. Ce sujet est assez marginal pour le groupe que je dirige», a commencé Bernard Arnault, PDG et actionnaire principal de la multinationale LVMH. L’homme d’affaires qui a investi dès 1993 dans «La Tribune» (revendue en 2007) et désormais leader de la presse économique («Les Echos», «Investir», Boursier.com), propriétaire du «Parisien», du mensuel Connaissance des arts, de Radio Classique et de la chaîne Mezzo, soit au total 644 cartes de presse, consacre d’ailleurs «peu de temps» à cette activité qu’il «rangerait plutôt du côté du mécénat». Face aux géants du numérique, «la pérennité des titres traditionnels dont nous parlons aujourd’hui est loin d’être assurée à terme», a-t-il expliqué, et selon lui, «elle le serait encore moins si ces médias n’avaient pas d’actionnaires puissants». D’ailleurs, les titres qu’il contrôle «ont été le plus souvent proposés au groupe par leurs propriétaires qui souhaitaient s’en défaire», a-t-il souligné. Ces titres sont des «fleurons», «irremplaçables» dans leurs domaines (économie, vie quotidienne, arts), a affirmé le milliardaire: «c’est pour cela que le groupe LVMH a accepté de temps à autres de conforter tel ou tel titre», quitte à assumer des «pertes substantielles». «Je pense que les actionnaires aujourd’hui sont très utiles à l’avenir des médias dont ils sont propriétaires (…). On essaye de les transformer dans le monde numérique, pour justement arriver à concurrencer les médias américains, ça nécessite beaucoup de moyens», a-t-il plaidé.Mais LVMH ne cherche-t-il pas activement à acquérir de nouveaux médias, pour agrandir son influence? Bernard Arnault s’est alors attelé à nier toutes les informations de presse le disant intéressé par l’achat de nouveaux titres. Non il n’a «jamais fait d’offre» sur «Le Figaro», a-t-il déclaré «sous serment». Non, il n’a pas étudié l’acquisition de M6, ni celle du «JDD» ou de «Paris Match», les magazines du groupe Lagardère dans laquelle il était venu soutenir Arnaud Lagardère, qui lui a préféré Vincent Bolloré. Bernard Arnault a assumé être intervenu pour couper la publicité à «Libération», coupable d’une Une qui lui avait déplu: «Je m’en suis plaint, j’ai appelé le directeur en disant «c’est incroyable de traiter les entreprises françaises et leurs dirigeants de cette façon»». En France, «la liberté de la presse est assurée» et n’est pas en danger face aux opérations à venir, par exemple la fusion TF1-M6, juge-t-il. Deux choses lui semblent à éviter: une discrimination des aides à la presse selon l’actionnaire («Ou on fait des aides à la presse et il faut que ça soit un peu oecuménique ou on n’en fait pas du tout»), et des règlementations supplémentaires pour protéger l’indépendance des rédactions. «Je n’ai pas envie de financer un journal qui devienne le support de l’extrême droite ou de l’extrême gauche. Et s’il y a une indépendance absolue et totale, on ne sait jamais», a-t-il argumenté, alors que la commission s’interroge notamment sur la dérive droitière de la chaîne d’info CNews (Canal+), contrôlée par M. Bolloré. Pour M. Arnault, «il faut bien que l’actionnaire puisse réagir à un moment ou un autre. Si les «Echos» devaient défendre demain l’économie marxiste, je serais quand même extrêmement gêné. Il faut quand même qu’il y ait des garde-fous».