Entretien avec … Marc Chauvelot, Secrétaire général du SNRT-CGT à France 3

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    Hier, Nicolas Sarkozy a envisagé de supprimer la publicité sur les chaînes du service public. Marc Chauvelot, Secrétaire général de SNRT-CGT à Franec 3 revient pour media+ sur cette décision.

    média+ : Quelles craintes avez-vous par rapport à la suppression de la publicité sur France télévisions ?

    Marc Chauvelot : Supprimer la publicité sur France Télévisions reviendrait à favoriser les chaînes privées et les chaînes émergentes de la TNT (Bolloré, Lagardère). Cela se résumerait à un transfert mécanique qui augmenterait les coûts de programme, donnerait des capacités d’achats beaucoup plus importantes au privé et fragiliserait encore plus le service public qui est déjà sous financé. Dans cette hypothèse, supprimer plus du tiers des ressources du service public serait suicidaire. Aux Etats-Unis, la télévision publique est entièrement financée par des fonds étatiques, sans aucune publicité, mais à des taux d’audience catastrophiques (0,5% de pda). Est-ce qu’on rêve de ce modèle? Non. On veut que la télévision publique puisse constituer un groupe fort, présent sur tous les supports, avec des capacités d’investissement et proche des gens. On peut rêver d’une suppression de la publicité mais, il faut être réaliste, prendre cette décision, dans le paysage audiovisuelle actuel, serait un coup violent porté contre les chaînes publiques qui conduirait à des privatisations et donc des risques sociaux évidents car les salariés du groupe ne se laisseront pas faire.

    média+ : Craignez-vous une paupérisation du service public ?

    Marc Chauvelot : Pire qu’une paupérisation, on craint la suppression ou la privatisation de plusieurs chaînes du groupe public. Le groupe ne pourra pas rester intact si l’on supprime une telle masse de financement. C’est 800 millions d’euros par an. Donc les hypothèses lancées par le président Nicolas Sarkozy hier matin ne sont pas raisonnables. C’est la déstabilisation et la réduction du périmètre du service public qui est en jeu.

    média+ : Que pensez vous de la réaction de Patrick de Carolis, P.-D.G du groupe France Télévisions ?

    Marc Chauvelot : Très franchement, on est très surpris par sa réaction aussi rapide d’autant plus qu’on ne nous a pas mis au courant. Que notre P.-D.G réagisse à quelques minutes de l’intervention du président me surprend énormément dans la mesure où jamais ce scénario n’a été évoqué dans l’une de nos différentes instances. Sur le fond, Patrick de Carolis connaît bien le secteur, la réalité de la concurrence, du volume financier que représente l’activité de la télévision. Je ne pense pas qu’il puisse imaginer maintenir son périmètre, tenir le cap de la construction d’un groupe public avec un tel risque, ce n’est pas possible.

    média+ : Que comptez vous faire face à cette décision ?

    Marc Chauvelot : On réagit par voie de presse, pour dire «attention». Car évidemment on est contre la publicité, mais en même temps, on est réaliste, connaisseur du secteur. On va d’abord questionner Patrick de Carolis pour connaître les tenants et les aboutissants de ce scénario, de l’hypothèse de taxe sur le chiffre d’affaires des moyens de communication et du modèle économique qui en découlerait. La rencontre est prévue demain. Nous sommes très dubitatifs car aujourd’hui personne n’est capable de dire ce que ça va rapporter. Dire que l’on va compenser la perte de 800 millions d’euros par ce biais là, n’est pas envisageable. J’espère que le discours de Nicolas Sarkozy restera qu’une réflexion .