Nicole Jamet, co-présidente de l’association des Scénaristes en séries présente pour média+ les enjeux de la deuxième édition de la rencontre des «Scénaristes en séries» à Aix-les-Bains du 18 au 21 octobre.
média+ : Pourriez-vous nous présenter l’association?
Nicole Jamet : Il existe un regroupement professionnel de scénaristes qui s’appelle «Le club des auteurs» (CDA) qui regroupe à peu près 80 scénaristes et qui sont des scénaristes actifs. Dans ce regroupement de scénaristes, il y a un petit groupe d’une dizaine de scénaristes qui se sont dit qu’il fallait agir. Nous avons beaucoup de choses à dire et nous ne sommes pas entendus, donc il faut prendre la parole. Nous avons décidé de créer «Scénaristes en séries». Nous avons trouvé une ville qui nous a accueillis, Aix-les-bains, et qui nous aide financièrement. Toutes les chaînes que nous sommes allés voir ont ressenti la nécessité, un peu timidement au début, de nous aider. Nous avons réuni un budget et crée ce lieu de rencontres de tous les intervenants responsables de la qualité de la fiction.
média+ : Quel est le thème principal de la 2ème édition de ces rencontres ?
Nicole Jamet : Nous avons choisi un axe qui est «la force des identités». Nous nous sommes rendu compte que la tentative de copier, d’adapter des succès américains est un échec. Nous le disions avant que l’échec soit patent. Maintenant, le public l’a démontré. C’est quelque chose dont nous avions déjà parlé l’année dernière et nous nous sommes rendu compte que ce qui nous manquait à l’inverse du système de copie, c’est d’avoir une identité forte. Le désir des auteurs scénaristes c’est de faire les éponges dans leurs sociétés et d’avoir un point de vue sur telle ou telle problématique de la question. Nous avons choisi «la force des identités» parce que c’est, à notre avis, ce qui fera le succès de la fiction.
média+ : Comment expliquez-vous le malaise de la fiction française aujourd’hui ?
Nicole Jamet : Je pense que la fiction est encore jeune en France. Aux Etats-Unis, ils travaillent dessus depuis beaucoup plus longtemps. Nous avons plusieurs héritages contradictoires et nous avons fait de la télévision sur le modèle du cinéma. Nous ne nous sommes pas posés dans le respect de ce média. On a méprisé et décrié la télévision, même le public. Nous n’avons pas assez valorisé ce média. Dans notre regard sur la télévision, il y a toujours un fond de mépris. On a tendance à idéaliser le cinéma et nous avons une familiarité avec l’objet télévision qui fait qu’on lui manque de respect.
média+ : Vous avez dit que la peur et le manque de confiance étaient les sentiments les plus ressentis dans ce milieu. Comment expliquez-vous cela ?
Nicole Jamet : L’audimat a fait beaucoup bouger les choses. On comprend très bien que TF1 doit satisfaire ses actionnaires et vendre cher ses publicités. Donc ils doivent plaire au public. Mais qu’est ce que ça veut dire plaire au public? Il y a quand même un minimum d’ambition. Là aussi, nous avons manqué d’ambition. Je pense qu’il n’y a pas eu de concertations au centre du processus. Quand on sait que sur un budget, 30% va dans le casting et 2% dans le scénario, il faut étudier ces chiffres et se demander si c’est normal. On ne peut pas rediffuser des fictions parce qu’il faut repayer à hauteur proportionnelle de ce qu’ont été payés les acteurs, donc ce n’est jamais rediffusé. Nous avons des problèmes de fonctionnement. Il faut qu’on arrête de camper sur nos positions. Il y a des batailles d’égaux pour le pouvoir qui sont ahurissantes. Le bon exemple chez les Américains c’est qu’ils ne perdent jamais de vue l’objet de la série. Personne ne s’est jamais concerté dans ce métier. Chacun a dit «moi, je sais ce qu’il faut faire» mais le dit tout seul dans son petit désert personnel. Donc les producteurs se regroupent entre eux, les scénaristes se regroupent entre eux mais il n’y a pas d’échanges. Ça commence à exister depuis très peu de temps. Nous sommes tous responsables à des degrés différents mais nous sommes à égalité sur les responsabilités. C’est à nous d’imposer un statut du scénariste, c’est à nous de nous faire respecter. Surtout dans une période d’insuccès qui génère du doute, nous avons besoin de concertation. Il faut remettre le scénario.
média+ : Pourquoi la fiction française ne s’exporte-t-elle pas ?
Nicole Jamet : Elle ne s’exporte pas car nous ne sommes pas assez professionnels. Il y a trop de non concertation qui fait que les organisations sont très brouillonnes. Nous sommes tous responsables de ces dysfonctionnements. Nous souffrons tous des mêmes maux, de cette peur en permanence, de cette non responsabilisation. Nous ne savons pas où commence notre travail, nous ne savons pas où il se termine. Nous n’avons pas de méthodologie de travail. C’est hallucinant que le scénariste ne rencontre pas le metteur en scène qui va tourner le film. Nous faisons des efforts énormes pour ne pas être corporatistes. C’est pourquoi nous avons monté une association indépendante pour l’ensemble du métier. Nous ne sommes ni dans la compétition ni dans l’agressivité, nous sommes dans l’esprit de travailler ensemble.


































