Alors que BeReal revendique 5,5 millions d’utilisateurs mensuels en France, la plateforme accélère avec l’arrivée d’Inoxtag, Anyme, Joyca, Mastu et Seb la Frite. Entre authenticité revendiquée et nouvelle génération de social media, Oriane Mainard, COO de BeReal France, détaille la stratégie 2026.
MEDIA +
L’arrivée de créateurs sur BeReal marque-t-elle un tournant stratégique pour la plateforme en France ?
ORIANE MAINARD
Oui, complètement. À l’origine, BeReal est un réseau social centré sur le cercle proche, les amis, le lien intime. Les profils publics ont été ouverts début 2024, mais sans véritable ambition stratégique de les pousser. Le véritable changement intervient en septembre 2025 avec le lancement du programme créateurs. Nous avons décidé d’accompagner ces talents dans le développement de leur communauté sur BeReal et de structurer leur présence. À ce titre, l’arrivée d’Inoxtag – l’un des plus gros créateurs onboardés – marque clairement un point d’étape pour BeReal en France.
MEDIA +
Est-ce une volonté d’accélérer votre visibilité auprès du grand public ?
ORIANE MAINARD
Bien sûr ! Nous avions déjà des créateurs sur la plateforme. Mais nous avons observé que nos utilisateurs étaient très demandeurs du «behind the scenes» des créateurs qu’ils suivent ailleurs. Sur BeReal, ils découvrent un contenu qu’ils ne voient pas sur les autres plateformes : plus brut, moins travaillé, plus spontané. Face à cet intérêt très clair, il nous a semblé naturel d’accueillir davantage de créateurs, y compris des profils majeurs. Cela répond à une demande utilisateur tout en restant totalement fidèle à l’ADN de BeReal.
MEDIA +
Comment conciliez-vous la promesse d’authenticité de BeReal avec l’arrivée de créateurs ultra-exposés, habitués à une logique d’audience et de performance ?
ORIANE MAINARD
Ce n’est pas contradictoire. Les créateurs sont logés à la même enseigne que tous nos utilisateurs. Ils reçoivent la notification aléatoire comme tout le monde. Ils n’ont pas de filtre. Ils doivent capturer leur photo front-back au moment même où ils postent. Ils ne peuvent pas préenregistrer ou uploader du contenu depuis leur galerie. Tout ce qui garantit la «vertu du format BeReal» (le naturel, l’instantanéité, le côté brut) s’applique aussi à eux. Il n’y a donc pas de contradiction : ils conservent leur audience ailleurs, mais sur BeReal, ils adoptent le même cadre que tous.
MEDIA +
Avec 5,5 millions d’utilisateurs mensuels en France, où situez-vous BeReal dans l’écosystème face à Instagram, TikTok ou Snapchat ?
ORIANE MAINARD
Nous avons un positionnement éditorial clair et très différenciant. Notification aléatoire quotidienne, absence de filtres, priorité donnée au cercle proche, obligation de poster pour voir le contenu des autres, absence de scroll infini, pas d’algorithme de recommandation, pas de contenu IA. Nous ne sommes pas anti-IA par principe, mais profondément pro-authenticité. Là où la plupart des plateformes reposent sur le scroll infini, l’algorithme et la consommation continue, BeReal se positionne davantage sur des enjeux de santé mentale et de connexion réelle. D’ailleurs, 80% de nos utilisateurs nous disent que BeReal est la plateforme sur laquelle ils se sentent le plus «safe», le plus en confiance et le moins sous pression.
MEDIA +
Cette promesse est-elle durable face à un marché dominé par la recommandation algorithmique?
ORIANE MAINARD
Oui, je le pense. Depuis deux ou trois ans, de nombreuses études montrent que les réseaux sociaux se sont éloignés de leur promesse initiale : créer du lien entre personnes qui se connaissent. Aujourd’hui, les utilisateurs voient de moins en moins de contenus de leurs amis et de plus en plus de contenus médiatiques, sponsorisés ou générés par IA. Les plateformes sont devenues des médias sociaux. BeReal revient à ce qu’est un réseau social de base: reconnecter avec ses amis. Dans ce contexte, notre promesse répond à un besoin réel.
MEDIA +
Observez-vous une évolution des usages, notamment chez les jeunes ?
ORIANE MAINARD
Nous menons régulièrement des sondages et des entretiens utilisateurs. 57% des moins de 24 ans estiment aujourd’hui passer trop de temps sur les réseaux sociaux. Et 2 Gen Z sur 3 considèrent que les réseaux sont devenus «trop lisses». Il existe une fatigue structurelle. Beaucoup de plateformes se ressemblent désormais: vidéo short form, scroll infini, consommation passive. À l’inverse, 70% de nos utilisateurs postent tous les jours. Et notre taux d’engagement est cinq fois supérieur à celui de Snapchat, TikTok ou Instagram. Nous observons une lassitude face à la surconsommation et un désir de participation plus active.
MEDIA +
Quelles sont vos ambitions pour 2026 en France ?
ORIANE MAINARD
La croissance de la base utilisateurs reste une priorité. Nous voulons continuer à onboarder des créateurs qui adoptent les codes BeReal et partagent un contenu réellement inédit et authentique. Sur le plan de la monétisation, nous avons lancé l’offre publicitaire il y a un an et demi. Plus de 500 marques nous ont déjà rejoints. Notre objectif est de poursuivre cette dynamique tout en préservant notre différence : des publicités front-back, authentiques et cohérentes avec l’expérience utilisateur.




































