Escroquerie au bitcoin: le Russe Alexander Vinnik fixé sur son sort le 24 juin

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«Chef d’orchestre» d’un réseau de cybercriminalité ou «bouc émissaire» d’une affaire au parfum de guerre froide entre les États-Unis et la Russie, l’informaticien russe Alexander Vinnik, rejugé à Paris, sera fixé sur son sort le 24 juin. Réclamé par les États-Unis qui le soupçonnent d’avoir blanchi des milliards de dollars via la plateforme BTC-e et la Russie qui lui reproche quelques délits mineurs, Alexander Vinnik comparaissait vendredi devant la cour d’appel de Paris. Il est jugé en appel sous l’accusation de cyberattaques via le logiciel malveillant Locky et blanchiment des fonds extorqués.En 1ère instance, en décembre dernier, le tribunal correctionnel avait condamné l’informaticien russe à 5 ans d’emprisonnement pour blanchiment en bande organisée et à une amende de 100.000 euros. Il avait été en revanche relaxé des accusations de cybercriminalité. «Loin d’(être) un chef d’orchestre, (Alexander Vinnik) est plutôt un bouc émissaire. (…) Il n’est certainement pas le fondateur de Locky ou l’administrateur de BTC-e», a plaidé vendredi son avocat Frédéric Bélot, avant de demander sa relaxe.BTC-e, une plateforme d’échange de bitcoins fondée en 2011 était l’une des plus importantes du monde avant d’être accusée d’extorsions en ligne via le logiciel malveillant Locky et d’être considérée comme la grande lessiveuse de l’argent sale mondial.Locky cryptait les données des systèmes informatiques, les rendant inaccessibles à moins de payer une rançon en cryptomonnaie pour obtenir une clé de déchiffrement. Entre 2016 et 2018, Locky a fait environ 5.700 victimes dans le monde et aurait occasionné un préjudice estimé en 2018 à près de 135 millions d’euros. Selon Me Bélot, M. Vinnik est en fait «une victime». Il «n’a jamais eu l’intention de mal faire, de blesser quiconque», soutient l’avocat. Dans ses réquisitions, jeudi dernier, l’avocat général Jérôme Marilly avait pris les devants en rejetant, à la surprise des parties civiles, les accusations de cybercriminalité portées contre M. Vinnik. Selon M. Marilly il n’existe «aucune preuve» sur ce dossier à l’encontre du prévenu âgé de 41 ans. L’avocat général avait en revanche demandé à la cour de confirmer la condamnation de M. Vinnik pour blanchiment d’argent en bande organisée. Les avocats de M. Vinnik ont salué l’abandon d’une partie des charges contre leur client mais ont insisté pour qu’il soit absout de toutes les autres accusations pesant sur lui. «Nous n’avons aucun argument qui nous démontre les infractions pénales», a dit Me Zoé Konstantopoulou, une avocate grecque qui défend également M. Vinnik. Les deux avocats ont plaidé pour que leur client soit renvoyé en Russie à l’issue de sa peine et non pas aux États-Unis où il est également poursuivi et risque plus de 50 ans de prison. La justice américaine soupçonne M. Vinnik d’avoir blanchi plusieurs milliards de dollars à travers la plateforme BTC-e. «Peut-être qu’il y a la volonté (des Américains) de faire dire certaines choses à Alexander Vinnik: lui faire dire que «c’est le FSB qui m’a dit de faire cela»», a suggéré Me Bélot, en référence au service de renseignement russe (ex-KGB). «Que veulent les États-Unis dans cette affaire? Nous ne le savons pas. Mais nous savons une chose: ils veulent Alexander Vinnik», a-t-il ajouté. Renvoyer M. Vinnik vers la Russie «est une question humanitaire», a dit Me Bélot en décrivant «un être humain broyé par le système», jouet des tensions diplomatiques entre Washington et Moscou. Durant sa détention en France, M. Vinnik a perdu sa femme, morte d’un cancer. Il n’a pu se rendre à son enterrement en Russie et n’a pas revu ses enfants, âgés de 7 et 10 ans, depuis son interpellation en Grèce en 2017. Il avait fini par être extradé vers la France en janvier 2020 à la suite d’un mandat d’arrêt européen transmis par Paris.