Fréquences TNT: Niel veut «faire autrement», M6 défend son bilan

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L’un veut «faire autrement», l’autre défend son bilan: Xavier Niel et le groupe M6 se sont affrontés mercredi devant le régulateur des médias pour l’exploitation du canal 6 de la télévision numérique terrestre (TNT), que le premier veut conquérir et le second conserver. Les responsables des deux projets ont été auditionnés pendant une heure et demie chacun par l’Arcom, le régulateur de l’audiovisuel. Cette procédure est inédite: c’est la première fois depuis 1987 et son arrivée sur le réseau hertzien que le groupe M6 doit défendre le renouvellement de son autorisation et faire face à un rival. Son autorisation d’exploitation arrive à échéance le 5 mai, tout comme celle de TF1, qui a également défendu son renouvellement pour dix ans mercredi. Entendu le premier dans la matinée, Xavier Niel, en fin communicant, a résumé son projet d’une formule choc: «faire passer les gens avant l’argent». «On pense que l’on peut créer une chaîne de télé pour faire autrement et j’espère mieux sur ce canal» 6, a martelé le milliardaire, patron de presse et fondateur de l’opérateur télécom Free. Une attaque a laquelle a répliqué son rival Nicolas de Tavernost, président du directoire de M6, lors de son audition dans l’après-midi: «25 millions de Français nous reçoivent par la TNT, dont 10 millions n’ont pas d’autre possibilité. Qui est prêt à priver ce public de nos programmes?». M. Niel a assuré vouloir s’appuyer sur «un modèle différent, des investissements importants» dans la création et avoir «une grande ambition pour l’information». Premier engagement pour cette chaîne qu’il veut appeler SIX: «la première partie de soirée, le «Prime Time», ne commencera jamais après 21h00». Xavier Niel s’est aussi engagé à diffuser «plus de création française originale en prime time», en y consacrant deux soirées par semaine: «Il faut avoir une grande ambition, y mettre les moyens». M. Niel a annoncé être en négociations avancées avec le producteur Newen (groupe TF1) pour remettre à l’antenne le feuilleton «Plus belle la vie», arrêté par France Télévisions l’an dernier. Le milliardaire, très présent dans la presse (groupe Le Monde, Nice-Matin, L’informé), a expliqué vouloir créer «un vrai média identifié», avec deux tranches d’informations par jour d’une heure trente chacune, produite par une rédaction de 200 journalistes. «D’une manière générale, les plateformes et réseaux sociaux pillent les contenus de la télé. Nous, on veut faire l’inverse, on veut piller l’audience des réseaux sociaux pour les ramener vers cette nouvelle chaîne», a plaidé Xavier Niel. Son projet est porté par la société NJJ Projet 5523, filiale de sa holding personnelle. Pour sa part, M. de Tavernost, à la tête du groupe M6 depuis 23 ans, a mis en avant le respect par la chaîne de ses «obligations légales et conventionnelles», ainsi que sa bonne santé financière. «Nous sommes différents», a-t-il clamé, soulignant que la chaîne allait continuer à développer une variété de formats et de programmes, dont un feuilleton quotidien. «Nous vous réservons plein de surprises pour ces dix prochaines années», a assuré Nicolas de Tavernost, quelques mois après l’échec du projet de fusion entre M6 et TF1 en septembre.Sur le papier, le projet du sortant part avec une longueur d’avance, fort de ses 36 ans de présence sur la TNT, face au trublion Xavier Niel. Difficile en effet d’imaginer que M6 puisse s’arrêter purement et simplement sur la TNT, même si elle peut en théorie continuer sur tous les autres canaux (streaming et satellite), voire reporter une partie de sa programmation sur ses autres chaînes de la TNT (W9, 6ter, Paris Première et Gulli). De son côté, TF1, désormais dirigée par Rodolphe Belmer, a défendu son projet dans la continuité de ses précédents engagements, avec un accent mis sur la fiction française, le divertissement et le développement des audiences sur sa plateforme numérique.