J-E. VALLI (Groupe 1981) : «Le développement du DAB+ représente une avancée majeure pour la radio»

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Le Groupe 1981 annonce la mise en place d’une nouvelle organisation pour soutenir ses ambitions de développement, notamment en termes d’audience, de déploiement du DAB+ ainsi que d’approfondissement de sa politique d’acteur engagé. L’occasion de nous entretenir avec Jean-Éric VALLI, président du Groupe 1981.

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Comment la nouvelle organisation du Groupe 1981 va-t-elle accélérer vos ambitions de développement ?

JEAN-ÉRIC VALLI

La nouvelle organisation porte un regard neuf sur nos activités menées depuis maintenant 40 ans. La maîtrise de notre métier conduit souvent à répéter les mêmes processus. Cela signifie que l’expérience de nos auditeurs peut leur sembler parfois monotone. Tout en poursuivant notre mission, il est essentiel d’identifier les pratiques à préserver, celles à délaisser, et les approches nécessitant des ajustements. Nous allons donc remettre en question des méthodologies qui se répètent et porter une attention sur les gens qui font la radio.

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Quelles innovations envisagez-vous pour rester compétitifs ?

JEAN-ÉRIC VALLI

Garder son authenticité est essentiel en radio. C’est le média de l’instantané, du direct, de la surprise, de l’inattendu et de la sincérité. La radio ment très peu, elle a tendance à présenter les choses telles quelles, de l’information à la musique. Il faut ainsi exploiter la notion du direct avec tous les risques que cela comporte. Cela inclut également une vigilance quant à la concurrence et aux moyens de diffusion. Stratégiquement, il est crucial de ne pas dévaloriser notre contenu en le distribuant gratuitement à tout prétendant souhaitant le diffuser sur Internet. C’est la raison pour laquelle nous avons lancé Radioplayer qui permet de diffuser notre contenu sur des enceintes connectées, dans les voitures, sur les téléviseurs, etc. Nous avons un interlocuteur qui va gérer notre identité, notre logo, notre slogan, notre grille de programmes, nos podcasts en bonne et due forme.

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Quelles sont les nouvelles approches que vous envisagez d’introduire pour dynamiser la politique antenne de vos radios ?

JEAN-ÉRIC VALLI

Il est essentiel de cultiver la spontanéité des animateurs et les encourager à quitter les studios. Pour les journalistes, l’objectif est d’éviter de se concentrer uniquement sur les nouvelles les plus sombres. Nous devons aborder le numérique sous un nouvel angle, en mettant l’accent sur l’amélioration des webradios et des podcasts, tant en termes d’ergonomie que de présentation. Autrefois, la radio se suffisait à elle-même, mais aujourd’hui, elle évolue dans un univers beaucoup plus vaste et connecté.

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Quels sont les défis spécifiques que le Groupe 1981 anticipe ?

JEAN-ÉRIC VALLI

Le principal défi pour la radio est d’éviter de se perdre dans un paysage médiatique encombré, tout en préservant l’essence unique de ce média. Une partie de cette essence réside dans la diffusion traditionnelle et dans l’importance de maintenir une présence significative dans les véhicules, un domaine actuellement menacé par les ambitions des GAFA qui aspirent à contrôler les tableaux de bord des voitures pour maximiser leurs revenus. Ces géants visent à réduire la radio à une application parmi d’autres, sans accès direct via un tuner, ce qui pourrait marginaliser considérablement la radio. Perdre la distribution automobile signifierait perdre jusqu’à 50% de l’audience, éliminant ainsi tout débat sur notre présence.

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Que pensez-vous des quotas de musiques francophones ?

JEAN-ÉRIC VALLI

Cette question représente un défi supplémentaire, particulièrement pour les radios musicales. Les quotas sont perçus comme injustes, surtout à une époque où internet, exempt de telles restrictions, domine la distribution musicale. Cette situation crée une distorsion de concurrence, encourageant potentiellement les auditeurs à se tourner vers les plateformes de streaming majoritairement anglo-saxonnes. La loi sur les quotas musicaux, datant de 1994, ne prend pas en compte le paysage numérique actuel. Il est crucial que les autorités réglementaires adoptent une approche plus nuancée et à jour pour réguler ce domaine, afin d’éviter de pénaliser inutilement les radios traditionnelles et de favoriser une concurrence équitable dans l’écosystème médiatique global.

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Que va vous coûter le DAB+ ?

JEAN-ÉRIC VALLI

Le développement du DAB+ représente une avancée majeure pour la radio. Il promet d’étendre la zone de couverture jusqu’à 4,5 fois plus qu’actuellement, en tous cas pour notre groupe, bien que cela requière le double des dépenses actuelles. L’adoption du DAB+ est cruciale pour la survie de la radio dans le futur, car il permettra de rester pertinent pour les auditeurs de demain. À long terme, on prévoit la disparition des fréquences analogiques en Europe dans les 20 à 30 prochaines années, laissant place à une ère entièrement digitale. Ce passage au numérique est motivé par la quête d’une qualité d’écoute supérieure et par des nécessités juridiques liées à l’optimisation de l’utilisation des fréquences. Contrairement à la FM, où une seule fréquence peut diffuser uniquement une radio, le DAB+ permet de diffuser jusqu’à 13 stations différentes sur une seule fréquence, rendant l’exploitation des fréquences beaucoup plus efficace.

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Que demandez-vous au gouvernement ?

JEAN-ÉRIC VALLI

L’État français alloue une somme considérable, environ 1,5 milliard d’euros par an, au soutien de la Presse Quotidienne Régionale (PQR), soulignant l’importance accordée à ce secteur. Ne peuvent-ils pas alors dépenser entre 50 et 70 M€ par an pendant 5 ans afin de favoriser la radio, le premier média de confiance des Français. Un tel financement soulignerait la reconnaissance de la radio comme un outil de communication vital, contribuant à la préservation de l’intégrité de l’information dans le paysage médiatique.