Jean-Marc Morandini, figure familière et controversée du PAF

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Jugé lundi pour «corruption de mineurs», Jean-Marc Morandini est une figure familière et controversée du paysage audiovisuel français, dont l’étoile a pâli ces dernières années à cause de ses démêlés judiciaires. Considéré dans les années 90 comme le symbole de la «télé-poubelle», l’animateur de 57 ans, qui officie aujourd’hui sur la chaîne CNews, s’est ensuite reconverti en décrypteur des médias, populaire autant que redouté. Mais sa carrière a connu une nouvelle inflexion en 2016 avec le début des accusations qui l’ont finalement amené devant le tribunal lundi. Il est jugé à Paris pour avoir sollicité les faveurs sexuelles de plusieurs jeunes garçons, par voie électronique ou via casting. Dans une autre affaire, il a été renvoyé en correctionnelle pour «harcèlement sexuel», accusé d’avoir poussé de jeunes comédiens, majeurs, à s’exhiber nus en se faisant passer pour une directrice de casting. Ces affaires avaient éclaté à l’été 2016, dans la foulée d’une enquête du magazine «Les Inrockuptibles». En octobre/novembre 2016, le cas Morandini avait été le catalyseur d’une crise ouverte à iTELE, l’ancêtre de CNews, dont l’homme d’affaires Vincent Bolloré avait pris le contrôle un an plus tôt. Pendant un mois, la rédaction s’était mise en grève pour protester contre l’arrivée de Morandini à l’antenne. Il venait d’être mis en examen pour «corruption de mineurs» et avait été écarté d’Europe 1, radio également dans le giron de Bolloré. Le mouvement de grève à iTELE s’était soldé par le départ de près d’un tiers des journalistes de la chaîne d’information. Depuis, Jean-Marc Morandini est devenu l’un des piliers de CNews, chaîne classée très à droite, avec «Morandini Live», émission consacrée aux médias depuis 2016.Dans les mois précédant l’élection présidentielle d’avril dernier, il y a également animé «Face à la rue», qui promettait de confronter des politiques à la «réalité du terrain».Mais il a été accusé de chercher à créer des clash en emmenant des leaders d’extrême droite, Eric Zemmour et Jordan Bardella, dans des quartiers populaires à forte proportion d’immigrés. Parallèlement, Jean-Marc Morandini a longtemps officié sur une autre chaîne, NRJ 12, qu’il a quittée en juin dernier. Depuis 2012, il y avait créé plusieurs émissions, consacrées aux faits divers comme «Crimes» ou aux médias et à la téléréalité comme «Vous êtes en direct». Le décryptage des médias est devenu sa marque de fabrique dans la deuxième partie de sa carrière, avec son arrivée sur Europe 1 en 2003. En quelques années, Morandini devient incontournable dans ce domaine, en s’appuyant sur son blog jeanmarcmorandini.com ou sur son compte Twitter, très actif. Pour l’animateur au ton gouailleur et au sourire éclatant, la revanche est spectaculaire, tant il revient de loin. A la charnière des années 1990/2000, il est en effet estampillé «télé-poubelle» à cause de l’émission «Tout est possible», qu’il a animée de 1993 à 1997 sur TF1 et qui a fait de lui une vedette controversée. Dans ce talk show au célèbre slogan, «Ne zappez pas!», Morandini confesse des anonymes sur des sujets intimes.Le programme est un gros succès d’audience mais est critiqué pour son voyeurisme. Il vaut à Morandini le mépris de la presse et les moqueries féroces des Guignols de Canal+. «Avec le recul, je pense aujourd’hui que leur regard sur l’émission était juste. Mon erreur, de jeunesse sans doute: penser que l’audience justifiait tout», écrira-t-il en 2004 dans le livre «Le bal des faux culs», en pleine opération rédemption. Un «mea culpa» qu’il nuance à la phrase d’après: «Pour autant, je crois que je ne pardonnerai jamais à ceux qui s’en sont pris à moi personnellement, qui ont mis en doute mes capacités intellectuelles et mon honnêteté».